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Prénom Marjorie
Age 25
But du voyage Tourisme
Date de départ 29/04/2009
Nom Vallée
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Durée du séjour 100 jours
Nationalité Canada
Description
Note: 5/5 - 3 vote(s).


Ami Lecteur, tu te languissais, eh bien, ta patience est finalement récompensée. D'ici une quinzaine de petites heures, je me mettrai en route vers Edmonton et de nouvelles aventures. Si tu voyais ma chambre en ce moment. Rien sur les murs, des cartons jusqu'au plafond, des sacs entrouverts partout. Le plus important a été fait, il ne reste plus que le jeu de l'attente. Je ne sais trop que faire de ces courtes heures de liberté: m'asseoir dehors, maintenant qu'il a arrêté de pleuvoir, appeler des amis, réviser ma liste de bagages pour la enième fois? Je choisis de t'écrire, non parce que tu comptes tant pour moi, mais pour y voir plus clair.

Je suis indécise quant à savoir si je suis contente de partir ou non. Comprends moi bien, j'ai hâte d'être en route et de ne plus réviser mon itinéraire toutes les cinq minutes. Comme toujours, je suis atteinte du blues pré-départ, et j'ai hâte d'avoir mis cette étape derrière moi pour me retrouver dans le feu de l'action. Heureusement, comme j'arrive tout juste de New York, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour faire l'inventaire de tout ce qui va me manquer et de tout ce que je vais manquer. Quant aux opportunités, je les saisirai sur place. C'est toujours comme ça que je fonctionne.

Laissant les états d'âme de côté pour entrer dans le concret. Alors, s'il n'y a pas un trois millionième changement de dernière minute, voici mon itinéraire:

- Jour 1: Québec - Sarnia, Ontario. Environ 12h de route.

- Jour 2: Sarnia, traversée de la frontière américaine, arrivée à Minneapolis Minnesota environ 12h après.

- Jour 3: Minneapolis - Regina. La capitale de la Saskatchewan promet d'être le clou du voyage selon moi. Ah oui, autour de 13h de route.

- Jour 4: Regina - Edmonton, un banal 9h30 de route.

 

Mes outils:

- Le trip tik du CAA téléchargé illégalement sans carte de membre

- Un support de la part de google map pour les coins plus névralgiques

- Un GPS pour avoir l'impression que quelqu'un me fait la conversation et éviter de devenir folle

- Une carte mémoire de 2G remplie de musique

- Une quantité industrielle de Gummy Bears pour me garder éveillée

 

Bref, j'espère que tout se passera bien et, si c'est le cas, tu auras de mes nouvelles lors de mon arrivée à Edmonton, et peut-être avant, qui sait?


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Nouveaux départs

 17-04-2010 -  Canada

Je remarque qu'il y a plus de visites sur mon carnet lorsque je n'écris pas que lorsque j'écris. Je ne sais pas trop comment interpréter cela.

Bon, eh bien! Un nouveau message presque un an plus tard, tu te doutes de ce que cela signifie. Je sais que je t'ai abandonné lâchement au Pérou, ami Lecteur, et je ne peux pas promettre que je ne récidiverai pas cette fois, mais je vais essayer de tenir le coup.

Tu te dis au diable les excuses! Donne-moi des détails sur la prochaine destination! Soit. L'Afrique du Sud? Le Costa Rica? L'Indonésie? Mais non. On reste au pays cette fois. Toi et moi, nous allons passer l'été à Edmonton. Pour le plein air? Pour chercher du pétrole? Pour visiter Dinosaurland? Mais non. Pour travailler. Mais on trouvera bien un peu de temps pour faire tout ça. D'ailleurs on part en lion: quatre jours de voiture pour traverser le Canada. Presque 4000 km, qu'est-ce que tu dis de ça?

J'ai bien hâte de voir si on arrivera en un seul morceau. Ensuite je vais travailler comme analyste en systèmes financiers pour le gouvernement de l'Alberta. ça sonne bien important, mais je ne sais pas trop en quoi ça consiste, tu vas l'apprendre en même temps que moi! Je dois aussi me trouver un logement sur place, un autre défi! Il suffit d'y croire, c'est ce que je me dis.

Bon, à une prochaine fois, je te tiens au courant des dévelopements. Je te sens déjà tout fébrile.


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Les dernières fois

 27-04-2009 -  Canada

Bonjour ami Lecteur. Il est présentement 10h15 en ce lundi matin et mon dernier examen est dans 2h. Pourtant, je n'étudie pas, je préfère passer te dire bonjour. Voilà, c'est fait.

Quelque chose m'a frappé. J'étais en train de mettre du savon à lessive dans la laveuse, pendant que le niveau d'eau montait dangereusement. Et puis j'ai pensé:  J'ai hâte de commencer à lire The Hitch Hiker's guide to the galaxy. (Ce n'était pas complètement gratuit: en ce moment, il est posé sur mon bureau, attendant sagement l'heure du départ, car c'est la trilogie de cinq livres que j'aime bien lire en voyage.) Ensuite je me suis dit: zut, encore deux jours à attendre. Si A est égale à B, et B est égal à C... tu me suis, non? On est déjà passé par là auparavant.

J'ai hâte de partir. Bon, disons que j'ai hâte d'être en route. Depuis des jours, je cours de tous les côtés. Je manque de temps pour tout ce que j'ai à faire, mais la vérité, c'est que tout est fait. Les bagages sont pratiquement prêts, il ne reste qu'à tout mettre en ordre et ranger. Pour les détails, j'ai encore la journée de demain. Techniquement, tout est fait. Je manque de temps pour voir tout le monde. Ce soir je vais souper, demain aussi, il faut que je parle des derniers détails avec mes parents... Je suis hyper stressée, non à cause du départ, mais parce que je vais meubler chacune des prochaines heures de façon impitotablement efficace. Alors la vérité c'est: dans l'avion, je pourrai enfin me détendre.

Il y a autre chose aussi. Je suis quelqu'un de nerveux en général, et c'est pour ça que je suis une aussi bonne coéquipière pour les travaux d'équipe. Contrairement à la plupart de mes collègues, je vois le projet dans son ensemble, je ne me contente pas des petites tâches quotidiennes. Dans ce cas-ci, c'est un problème. Comment peut-on prendre d'un seul coup un voyage de 3 mois qui compte tellement d'étapes différentes? Ça n'a aucun sens. Je pense au mois de juillet, alors que je subirai les affres de l'hiver pendant qu'ici, tu profiteras de la pluie. Je pense aux quatre petits jours à la fin, qu'il me reste à combler par des activités. Je me demande si je réussirai à être classé dans le meilleur groupe d'espagnol. Pourtant, la réponse est évidente: Fuck tout ça, comme on dit. Mercredi je vais voyager avec un groupe, ce qui, pour moi, est un luxe que je peux très rarement m'offrir. Ensuite, à l'arrivée, je rejoindrai des gens sympa (c'est comme ça que je les imagine) et je pourrai dormir dans un lit à moi. J'ai décidé de ne pas penser au voyage en terme de mois ou de semaines, mais bien de nuits. Qu'importe ce qu'il arrive, ce soir je dormirai dans un bon lit. Ce sera mon leitmotiv. C'est une certitude sur laquelle je peux m'appuyer, sans faille.

Mais en attendant, j'ai toujours un lit, et celui-là m'appartient vraiment. Je devrais probablement aller le faire avant de partir pour mon dernier examen. Peux-tu le croire, dans quelques heures je serai en vacances? De courtes vacances, puisque mes prochains cours commencent le 6 mai, mais des vacances quand même. Bon, la laveuse est encore à spin, je devrais en profiter pour réviser une dernière fois, par acquis de conscience.


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L'âge des ténèbres

 22-04-2009 -  Canada

Bon, il se passe bien des choses ami Lecteur. La moindre n'est certainement pas que je viens de doubler le nombre de personnes qui suivent ce carnet (on passe de 1 à 2), et donc que ça mérite bien un message. Évidemment, la nouvelle de la journée, c'est que je ne suis plus une orpheline péruvienne! J'ai reçu ce matin un message de ma famille d'accueil à Lima. Ils ont l'air très gentils, et c'est un jeune couple, donc pas d'enfants de six ans qui vont me suivre partout. Ils m'ont envoyé une photo et j'aimerais bien te la faire partager, mais je ne crois pas que ce soit très correct de publier des photos sans le consentement des gens. (D'accord, sur Facebook je le fais tout le temps, mais ce n'est pas pareil!) Je sais aussi que j'ai une soeur adoptive: une autre des stagiaires va habiter avec nous, mais comme j'arrive cinq jours avant elle, je me considère comme la stagiaire légitime de la maison. La plupart des stagiaires préféraient arriver plus tard (comme tu sais, je pars deux jours après mon dernier examen), mais je me dis qu'au fond, ici je ne ferais que stresser en attendant le départ, alors qu'au moins j'aurai une semaine complète à Lima avant le début des cours pour profiter du soleil et de la fin de l'été.

Sinon, tu sais, préparatifs, achats, examens, bla bla bla. La routine.

Je ne peux pas en être certaine à 100%, mais je crois bien que je suis la deuxième plus vieille personne du voyage. J'ai situé la moyenne d'âge des stagiaires autour de 21 ans, pour être gentille. Je sais très bien que j'ai l'air d'avoir 21 ans, je me conduis comme si j'avais 21 ans, mais à l'intérieur ce n'est pas tout à fait le cas, n'est-ce pas? Et ce le sera encore moins à partir de samedi.

Je n'ai pas l'intention de me plaindre, non, je n'ai pas raté ma vie, et oui, je suis encore très jeune, surtout si je me compare, disons, au système solaire. (Question poids, j'aime bien me comparer au système solaire aussi.) Quand même, 26 ans, ouch! Il y en a qui craignent 30 ans, d'autres c'est 25 ans, certains 18 (franchement, qui voudrait avoir 18 ans, c'est un non sens!) moi c'est 26, il faut vivre avec. Je ne sais pas trop pourquoi. Je pense que 25 est l'âge que j'avais toujours idéalisé, c'était mon année chanceuse et tout ça, et je n'avais jamais vraiment envisagé que j'allais passer au delà un jour. Bon, techniquement, rien ne m'assure que je vais effectivement passer au delà. Peut-être que vendredi soir, minuit moins une, je vais disparaître dans un trou noir. Ou comme dans les films, je vais me réveiller 10 ans plus vieille ou plus jeune, auquel cas j'aurai la chance de revivre le secondaire, ou alors je découvrirai quelle salope amère et carrièriste je suis devenue avec le temps. Je ne suis pas sûre de savoir lequel me plairait le plus...

Je ne sais pas trop ce que je pensais avoir accompli avant 26 ans, mais je sais que je croyais être devenue une adulte d'ici là. Je n'imaginais sûrement pas que je serais encore en première année de bac, toujours célibataire, à écrire un carnet de voyage débile. Je devrais peut-être me fixer des buts avant trente ans, histoire d'avoir des objectifs concrets à atteindre. C'est ce qu'on nous apprend en management, non? (Enfin, je te l'apprends maintenant) Le problème, c'est que les objectifs, c'est comme les résolutions du nouvel an, ça fait son temps. Mon seul but était de faire du parachutisme avant 25 ans. Mais... mais oui, je l'ai fait! Bon, on s'entend que ça n'a rien à voir avec la carrière, la maison ou les marmots, mais c'est un début. À la fin de ce voyage j'aurai visité 12 pays. D'ici trente ans je devrais en avoir vu disons... 20? Ce devrait être facile.

Peut-être qu'il y a quelque chose après le terrible twenty six finalement. Quand on y pense, ils ont longtemps cru que la terre était plate, et qu'au bout du monde on tombait dans le vide. Mais finalement non, ça continue. On avance encore et... Oups. On revient au point de départ. Merde.


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Bah...

 02-04-2009 -  Canada

Bonsoir ami Lecteur!

C'est la fin de la session qui approche et j'ai tellement de choses à faire que je sens que ma tête va exploser. Et pourtant! Je trouve le temps de t'écrire, car tu le mérites tellement! Je sais que je t'ai promis des nouvelles de ma famille d'accueil, mais malheureusement, je n'en ai toujours pas! Tu sais que tu seras le premier informé dans le cas contraire!

Dans un autre ordre d'idée, demain soir je me rends à un souper avec les membres de mon stage, question de faire connaissance... À défaut de connaître ceux que je vais rejoindre, je pourrai au moins sympathiser avec ceux avec qui je pars! J'espère réussir à me faire quelques amis... Ah, la joie des premières rencontres, surtout quand on a l'impression que tous les autres se connaissent déjà! Ce n'est probablement pas le cas, mais je n'aime pas trop quand même... Enfin, je t'en donnerai des nouvelles, comme tout le reste!

Je continue de biffer les choses à faire sur ma liste: demain m'inscrire à la session d'automne, remplir une demande de bourse, finir mon travail de GSO qui me demande tellement d'énergie... Et le soir me faire des amis, bien sûr, mais ça je l'ai déjà dit! En plus mercredi après-midi je dois me rendre à une formation pré-départ de 3h! Que de temps perdu, ce genre de choses ne sert jamais à rien et c'est toujous hyper ennuyeux! On va me ressasser plein de trucs que je sais déjà, comme si j'avais le temps de gaspiller 3h à me faire dire de ne pas boire de l'eau du robinet!

Bon, c'est la fin d'une longue journée, ami Lecteur, et je me sens un peu lasse... À une meilleure fois, donc!


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Le dernier mois

 29-03-2009 -  Canada

Bon, je donnais l'impression que j'allais m'épancher encore dans le détail sur mes préparatifs, alors qu'en fait je n'ai rien écrit depuis deux mois. Il y a plusieurs possibilités pour expliquer cet état des choses, et la moindre n'est pas que j'écris discrètement dans un carnet anonyme depuis presque un an. C'est surtout que je réalise à peine que dans un mois je vais m'envoler pour l'Amérique du Sud. Autour de moi, j'entends tout le monde qui planifie l'été, les barbecues, le Festival d'Été, sortir le vélo, les rollerblades, bronzer, et moi je ne ferai rien de tout ça. Chaque fois que je viens pour planifier la St-Jean, parler d'acheter le macaron, changer mes pneus d'hiver, la réalité frappe. Mais non, tu ne seras pas là. Il faut passer par-dessus, faire le deuil d'un été, c'est difficile.

Je lis dans tes pensées, tu te dis pauvre petite fille qui se plaint de partir dans un endroit aussi glamour que Lima! Je ne me plains pas, je constate, c'est tout. Je comprends pourquoi je partais au printemps habituellement.

Mais bon, me voilà de retour pour m'épancher sans arrêt sur les divers problèmes que je risque de rencontrer sur la route. Les prochaines semaines seront passionnantes (pour moi) et vaguement intriguantes pour toi. Il paraît que cette semaine j'aurai le nom et le courriel de ma famille d'accueil à Lima, alors je pourrai te tenir au courant de nos premiers échanges en espagnol balbutiant! Il y a encore beaucoup à faire avant de partir en si peu de temps!

Je te retrouve bientôt ami Lecteur!


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Le retour... Partie II

 25-01-2009 -  Canada

"Aujourd'hui, deux ans plus tard, j'ai un sentiment d'inachevé, qui fait en sorte que les prochains mois ne seront qu'une étape. En attente du prochain départ."

C'est maintenant. Enfin, pas maintenant, mais bientôt. Assez bientôt pour que la fébrilité commence à me gagner, lentement. C'est surtout dans les petites choses. Je suis étendue sur le divan à regarder la télé et je me dis: Woh. Éventuellement, je serai trois mois sans regarder la télé. Sans prendre de bain (il y aura des douches). Sans conduire. Sans caresser mon chat. Sans aller voir mon groupe préféré. Aujourd'hui, toutes ces choses font toute ma vie. Mais bientôt, ce ne seront que des détails. Des détails insignifiants.

Je ne sais pas trop par où commencer pour remplir le vide entre mon dernier message, en juin, et celui-ci, un bon... huit mois plus tard? Je t'évite les extraits ennuyeux. En gros: Moi étudiante. Moi vouloir emploi international. Moi m'inscrire à stage international. Moi partir dans trois mois. Pour cent jours.

Je trouvais ça poétique. Les cent jours. THE cent jours. Los cien dias. Si si. Hablo espanol ahora. Porque me voy a America del Sur. Dos meses en Peru. Depues, un mes en Chile y Bolivia. Et j'arrête de parler en espagnol parce que ça conclut ma connaissance écrite du sujet. Où placer ces foutus accents? Cent jours, c'est le plus long voyage que j'aie jamais fait. Quand j'avais douze ans, je suis partie deux semaines en camp de vacances. Ça avait paru long. À seize ans, j'ai passé un mois en Californie. C'était long aussi. À vingt-deux ans, je suis restée deux mois en Équateur. Ça, c'était vraiment long. Et l'an passé, cinq semaines en Asie du Sud-Est, c'était ridiculement court. Alors voilà, trois mois. Mais c'est trois mois dont deux sur place, alors c'est moins épuisant. On peut défaire ses bagages, on prend des habitudes de quartier, on se fait des amis. Où est-ce que j'allais avec tout ça?

Je sais ce que tu te dis. Trois mois! Et elle part dans trois mois! C'est donc six mois à lire des messages à tous les deux jours! Comment vais-je y arriver? Eh bien. Un jour à la fois mon ami. Un jour à la fois.

Je me dis que tu aimerais peut-être avoir une idée de mon itinéraire, afin de déterminer dès maintenant si ça t'intéresse suffisamment pour continuer de lire à tous les deux jours. En gros: 2 mai, départ pour Lima. Le lundi suivant, je commence des cours d'espagnol tous les matins, suivis d'activités locales l'après-midi. Ça, c'est pour six semaines. Les deux semaines suivantes, des cours d'administration en lien avec mon programme, des visites d'entreprises, des conférences. (Je vais devoir trimballer un tailleur.) Puis, c'est dix jours de découverte (tout inclus) dans le Sud du pays. Le lac Titicaca, le Machu Pichu. De là, il y a un flou de dix jours. Je vais prendre l'avion pour Santiago, au Chili, où je devrai m'occuper jusqu'au 15 juillet. C'est la date où je rejoins un nouveau parcours avec Gap, ceux-là même avec qui j'ai voyagé en Asie. On va remonter le Chili, traverser le Saltar de Uyuni en Bolivie et rejoindre La Paz, la plus haute capitale du monde. Puis c'est le retour à Lima et le retour, ultimement, au pays. (ce pays-ci)

Voilà, c'est ce dans quoi on s'embarque. Bienvenue à bord ami Lecteur. On reprend la route!


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Le retour

 16-06-2008 -  Canada

Eh bien ami Lecteur. Toi et moi, on a fait un bon bout de chemin ensemble. Il y a maintenant trois semaines que je suis de retour et je crois que je repoussais sans cesse ce dernier message. Peut-être parce qu'il boucle la boucle. Des mois de ma vie. Et à présent, je dois bien admettre que c'est fini.

J'ai préféré attendre que soit passée la déprime post-voyage pour mettre un point final à mon carnet. Autrement, j'aurais sans doute été amère, et peut-être aurais-je écrit des choses que j'aurais regrettées par la suite. J'aurais sûrement dû écrire un brouillon, afin d'être à la hauteur. Mais non. Comme toujours, il n'y a que moi, et mes idées mélangées.

Le retour. On sait que c'est inévitable, alors on l'attend quand-même avec une certaine hâte. On idéalise. Tout le monde s'est ennuyé, tous vont être enchantés de me revoir. Je suppose qu'ils le sont, mais ils ont aussi leur propre vie. J'ai beau m'y attendre, à chaque retour, j'ai cette impression romanesque que la ville sera décorée pour l'occasion et qu'un grand gala sera organisé en mon honneur. Pas de chance. Ce sera pour la prochaine fois. Les vrais avantages du retour sont dans les petites choses. Un lit douillet, un placard. Une amie qui appelle moins de vingt-quatre heures après mon arrivée, quand aucun des autres ne donne signe de vie. Le chat qui vient se blottir  contre moi au matin, oubliant qu'il boudait encore la veille. Des vêtements propres. Les nouveaux départs. Parce qu'en vérité, dans ma vie, l'aboutissement d'un projet comme celui-là n'est en fait que le commencement d'un autre. Je retourne à l'école en septembre. Disons que j'ai de quoi m'occuper l'esprit pour les trois prochaines années.

C'est bizarre. Peut-être que je vieillis, ou peut-être que la vie suit certains cycles. À mon dernier retour, j'avais vingt-trois ans, et je ne me sentais pas du tout prête à repartir. J'avais l'impression d'avoir déjà tout donné et qu'il ne restait plus rien. Aujourd'hui, deux ans plus tard, j'ai un sentiment d'inachevé, qui fait en sorte que les prochains mois ne seront qu'une étape. En attente du prochain départ. La vie est un cycle, et je termine ce carnet ici, car il ne fait pas partie du prochain tour. Mais j'y reviendrai un jour, pour poursuivre l'aventure, pour t'embêter pendant des mois au sujet de mon voyage suivant. L'Afrique, l'Australie, l'Europe, ou un retour en Amérique du Sud, qui sait? Tout est possible désormais.

Ce n'est que trois semaines, mais on dirait que des mois se sont écoulés. Tout ce qui faisait mon semblant de vie outre-mer commence doucement à s'effacer. J'essaie en vain de retenir les souvenirs, histoire de faire durer plus longtemps ce sentiment de liberté. Un peu comme ce message, que je ne peux me résoudre à terminer. Mais il faut bien trouver le mot de la fin. Alors, ami Lecteur, je te dis merci.


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Pas douée pour les départs

 17-04-2008 -  Canada

Ami Lecteur, j'ai besoin de ton aide. Je sais que tu ne peux rien faire pour moi, mais je compte néanmoins sur toi pour m'envoyer toutes les ondes positives que tu peux pour les 3 prochains jours. Ensuite je serai en Thaïlande et j'aurai oublié ton existence. Alors seulement, tu pourras arrêter.

Je n'aime pas l'avion, je n'aime pas les adieux (comme je te l'ai déjà dit), je hais les douanes et je déteste attendre des heures à l'aéroport. Cela te donne une idée comment les prochains jours seront joyeux. Trente-huit heures de voyage au total. Ça a intérêt à en valoir la peine. Le problème, ce n'est pas tant tout ce que je viens de t'énumérer. Ce ne sont que de durs moments à passer. Le problème, c'est mon angoisse chronique qui profite du fait que je ne dors presque plus pour refaire son apparition.

Quand je pense aux jours qui viennent, je n'ai pas peur de tout ce qui pourrait aller de travers. J'ai peur d'avoir peur. C'est fou, non? En ce moment, je panique parce que j'ai peur de passer les quarante-huit prochaines heures au bord de la panique. Quarante-huit heures de panique, ça raccourcit mon espérance de vie aussi sûrement que si je fumais cent paquets de cigarettes. Si j'étais capable de vivre au jour le jour, je m'extaserais à l'idée de ne pas travailler pendant plus d'un mois. Je ne penserais qu'à la destination et à tout ce qui m'attend. En ce moment "tout ce qui m'attend" n'a pas une résonnance très positive dans ma tête.

Heureusement, le pire est presque fait. Les adieux, ce n'est pas du tout ma tasse de thé, pour ne pas utiliser une expression moins polie. Ce n'est pas que je voudrais que personne ne me souhaite bon voyage, et ce n'est pas non plus que je veux qu'on en fasse tout un plat. On dirait que j'ai toujours une idée de ce que les aurevoirs devraient être et que la réalité s'y conforme rarement. (J'adore cette phrase. Je pourrais la relire encore et encore.) Tout le monde est gentil, mais je ne sais plus quoi répondre quand on me souhaite bon voyage. J'en ai assez de répéter encore et encore mon itinéraire et de voir les réactions quand j'essaie d'expliquer que je voyage seule, mais pas vraiment seule au fond. Je pense que c'est simplement un signe. Il est temps. J'ai assez parlé de ce voyage en long et en large, il est temps de le vivre.

Ça ne s'annonce pas comme les autres fois. Avant, je devais me contenir de faire mes bagages deux mois d'avance, le temps n'avançait pas assez vite, tout était prêt des jours avant le départ. Et aujourd'hui, moins de vingt-quatre heures avant, tout est loin d'être prêt. Je suis à la dernière minute. C'est un détail, mais c'est bizarre. Je ne sais pas si c'est bon signe ou non. Seul le temps nous le dira.

Une chose à la fois. C'est la seule phrase qui pourra apaiser ma nervosité. D'abord je terminerai mes bagages. Ensuite je conduirai jusqu'à Burlington. Ensuite ce sera l'avion, et alors seulement je m'en ferai pour les douanes et le reste. Chaque chose en son temps. Voyons si je peux trouver un autre cliché sur le temps... Ah oui: on traversera le pont quand on sera arrivés à la rivière. Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Non, celui-là, c'était limite. Je m'arrête ici. Repose-toi ami Lecteur. Le pire reste à venir.


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La fièvre

 13-04-2008 -  Canada

As-tu la fièvre ami Lecteur? Moi oui. Et je m'en passerais bien.

C'est la fièvre des séries en ce moment. Si tu as mis le nez dehors, tu t'en es probablement rendu compte. Tout le monde se promène avec des chandails, des drapeaux, etc. La fièvre, c'est bien, c'est exaltant. Mais ça tue au bout d'un moment.

Pour moi, la fièvre c'est s'emballer pour quelque chose (ou quelqu'un), mais ça ne nous apporte rien d'autre que des yeux cernés et un mal de crâne. Mets trois cent personnes dans un restaurant à regarder une partie de hockey, à hurler comme des fous, à claquer cinquante dollars en bière, et à la fin quoi? Un but dans le mauvais filet et voilà. Chacun rentre chez lui. Tout ça, au fond, ça servait à quoi?

Tu sais que je suis une fan de sport, et que ce n'est pas une défaite qui me fait habituellement remettre tout en question, mais je m'interroge sur l'intérêt réel de tout ça. Comme tu me connais trop bien, tu as compris que le sujet du sport n'était en fait qu'une métaphore pour nous emmener à l'enjeu crucial, la vie. Il ne s'agit pas d'un appel à l'aide du style, la vie, à quoi bon? Ce qui m'embête, c'est uniquement la fièvre. Ça me rend folle. Si la vie n'était qu'un long fleuve tranquille, il n'y aurait pas de fièvre, et je ne crois pas que je serais plus malheureuse pour autant. Je n'aurais plus autant de mal à dormir, et surtout je ne formulerais plus d'attentes inespérées sur ce que peut vraiment m'offrir la vie. La vie serait la vie. Voilà tout.

Je suis si épuisée de me battre, que je ne sais plus si je me bats selon ce que la fièvre me dicte ou contre elle. Je rêve de vacances et, heureusement, elles approchent dangereusement. Tu te souviens, je t'ai dit que parfois on regrette de partir parce qu'on sent qu'on va manquer des chances importantes pour faire avancer notre vie? Eh bien je n'y crois plus. Si jamais je devais rester, chaque nouveau jour serait à l'image du précédent, sans jamais rien apporter.

Je vais partir et l'étape des adieux approche. C'est déjà commencé. Je déteste ces moments gênants pour lesquels je suis trop émotive ou pas assez. Je ne suis vraiment pas douée pour les départs. Je préfèrerais être ailleurs, du jour au lendemain. En plus je sauverais trente heures de voyage. Je gagnerais sur tous les tableaux.

Affligée à la fois de la fièvre et de l'appel de l'ailleurs. Pas étonnant que j'ai le coeur qui bat à la chamade.


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Question de timing...

 09-04-2008 -  Canada

Bonjour ami Lecteur!

Maintenant qu'on se connaît assez, j'aimerais te parler d'un sujet qui me tient à coeur... Je ne vais pas revenir sur le fait que je ne crois ni à la chance, ni au temps, mais je dois bien admettre que j'ai une foi totale en le timing.

Je ne sais même pas comment on pourrait le définir. Certains l'ont, d'autres pas, parfois ça va, ça vient, comme le bonheur au fond. Ça peut bâtir une carrière ou la détruire, ça peut influer sur toute une vie. Un mec peut avoir tout le talent au monde, s'il n'est jamais au bon endroit au bon moment, ça ne lui sert strictement à rien. Le timing c'est ça. C'est tout.

Est-ce imputable à la personne elle-même, à son éducation, à sa bonne étoile? On ne peut pas en dire que cela relève entièrement de la chance, pourtant ce n'est pas tellement un talent non plus. Est-ce que la ponctualité est un talent? Au mieux, c'est une qualité. Voici donc ce qu'on peut en conclure: le timing, c'est la ponctualité avec le destin.

Vraiment, je trouve qu'on le sous-estime. Le timing c'est l'avenir. Il devrait exister des livres: Développer votre timing. En amour, au travail et dans les loisirs. On emmerde le Secret et toutes ces conneries. À partir de dorénavant, je crée ma propre chance et le temps est mon allié. Il y a déjà pas mal de gens qui sont naturellement des "opportunistes temporels". Je propose d'aller plus loin que ça. Je suggère de manipuler son entourage en quatre dimensions.

Il m'arrive d'avoir du timing, mais je souhaiterais que ces petites périodes soient plus régulières. Même si on y est pas pour grand chose, le timing est incroyablement satisfaisant. L'autre jour, au travail, un des gars pose aux autres gars une question au sujet d'un événement sportif du début des années 90. Voyant que tout le monde gardait le silence, j'ai dit la bonne réponse. Tous en sont restés bouche bée. Le truc? Deux jours avant, j'étais tombée par hasard sur un reportage qui parlait du même sujet. C'était de la chance, mais pas seulement: Premièrement j'ai une bonne mémoire, ce qui m'aide, et deuxièmement c'était déjà un domaine qui m'intéressait, autrement je ne me serais pas fait chier à regarder le reportage en question. Le timing, c'est ça: un peu du sien, un peu du destin, c'est 50-50. On ajoute un peu d'audace avec un soupçon d'aptitude personnelle, et ça y est.

Le hasard, la chance, les coincidences, tout ça c'est plus ou moins n'importe quoi, mais il y a les signes. Je crois aux signes, même si le plus compliqué est de leur donner du sens. Exemple: dimanche matin je regardais la télé et je tombe sur un film que j'avais déjà vu étant petite. Je suis restée accrochée dessus et j'ai remarqué une scène, où l'actrice principale et Robert Downey jr se retrouvent (c'était pré-cure de désintox) devant la Bouche de la vérité, à Rome, et ils évoquent ce très beau film avec Audrey Hepburn, Vacances à Rome. Je n'avais jamais entendu parler de ce film avant. Deux jours plus tard, je regarde un autre film emprunté cette fois à une amie, You, me and Dupree, un truc assez moyen que j'avais toujours eu l'intention de voir sans jamais en trouver le courage. À un moment, Owen Wilson regarde Vacances à Rome, et c'est pile la scène devant la bouche de la vérité. Le pire est que j'ai vu des previews de You, me and Dupree tous les jours pendant des mois sans jamais me décider à le regarder. Quand même, je suis d'accord que ça ne veut rien dire et que c'est seulement une coincidence, mais je te garantis qu'à mon retour, je vais définitivement louer Vacances à Rome. Je ne sais pas c'est un signe de quoi, mais c'est un signe, c'est sûr.

Parlant de timing (ne t'en fais pas, j'ai presque fini), je t'écrivais récemment que j'étais de plus en plus souvent confrontée à mort. Eh bien, aujourd'hui, comme j'avais déjà l'intention de parler de timing, mon voisin du dessous est décédé. Tu te rends compte, je trouvais juste l'étage du dessus, à quelques mètres à peine quand c'est arrivé. (Je te rassure, il était vieux et malade depuis un moment, alors ce n'est pas un si grand choc.) Si ce n'est pas ça, être proche de la mort... Voilà un timing dont je me serais bien passée.

Cette fois, dans deux semaines je serai à Chiang Mai. Est-ce que ce n'est pas super?


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Le grand frisson

 05-04-2008 -  Canada

Ah, ami Lecteur!

Dans deux semaine je survolerai le Pacifique à bord d'un 767! Tous les jours, je me dis: dans deux semaines ceci, dans deux semaines celà... Je t'ai bien dit qu'en attendant le départ, j'avais cessé de vivre!

Il y a tellement longtemps que ce voyage est prévu que d'une certaine manière, j'ai l'impression que tout est déjà derrière moi. Et tout à coup, oups, je me rappelle, il me reste à y aller. Je fais souvent de l'over-visualisation (je n'ai pas trouvé de meilleure expression.) J'ai tellement pensé et repensé à un événement dans ma tête, qu'il me semble que c'est arrivé pour vrai. C'est un peu triste. Et surtout très bizarre. Ça se vit à l'envers aussi. J'ai tellement revécu un moment dans ma tête que je ne suis plus certaine de ce qui est réellement arrivé ou non. Ça se produit quand on pense trop, même dans l'action.

Parfois je préfèrerais que le voyage soit effectivement terminé car, je dois bien l'admettre, je suis terrifiée. Mais ça, tu t'en doutais. Je n'aurais plus à me soucier de rien et j'aurais la tête pleine de beaux souvenirs. Ne serait-ce pas merveilleux? Mais ce serait aussi un peu triste. Avoir traversé toute cette préparation pour finalement revenir sans avoir ressenti le grand frisson? Le moment où l'avion décollera pour m'emmener dans un endroit dont j'ignore tout?

J'ai déjà sauté en parachute, je te l'ai dit? Eh bien, c'est un peu comme ça. À l'instant où je me trouvais au bord de la nacelle (c'était une mongolfière, et non un avion du dix-neuvième siècle), les pieds dans le vide, tout ce qui m'avait amenée là ne comptait plus. L'argent dépensé, le cours accéléré au sol, les commentaires des amis, tout se résumait à la terre ferme, neuf mille pieds plus loin. Et puis j'ai basculé et, pour quelques malheureuses petites secondes, tout en avait valu la peine.

Lâcher prise, c'est la marche à suivre quand l'avion décollera. Comme lorsque je tombais à deux cent kilomètres heures. J'avais déjà tout fait ce que j'avais à faire, il ne me restait qu'à tomber vers le sol. Quand l'avion va décoller, je vais devoir accepter mon aventure comme elle se produira et renoncer à tout contrôler. Comme quand on fait les premiers pas avec quelqu'un qui nous plaît. On a pris le temps de l'observer, d'élaborer un plan d'attaque, mais quand finalement on engage le contact, on laisse les choses aller.

On a plus rien à préparer, à visualiser. On a plus qu'à vivre.


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Les grandes questions

 01-04-2008 -  Canada

Bonjour, ami Lecteur

De façon générale, plus la date du départ approche, plus je regrette ma décision de partir. Pour l'instant, heureusement, tout semble aller de soi. Je me sens même fébrile. D'ailleurs je me sens tellement fébrile que je vais contenir ma joie un peu. Ça irradie trop sur mon ordinateur, j'ai peur que les cristaux liquides se mettent à bouillir.

C’est complètement fou, mais quand on part pour quelques semaines et plus, on a l’impression de laisser sa vie en plan et que, si on n’était jamais parti, les questions en suspens auraient finalement trouvé une réponse. Ensuite on revient, et on dirait qu’on a reculé. L’expérience gagnée en voyage, ça compte, mais ça intéresse personne. Ils disent le contraire, mais c’est faux. Chaque fois qu’on essaie de placer un mot sur le sujet, la conversation prend une autre tournure et on oublie. Ce qui se passe à l’étranger y reste. Surtout quand on part seul. Il faut être capable d’accepter que ces souvenirs nous demeureront et qu’ils seront pratiquement impossibles à partager.

La vérité c’est qu’on le veuille ou non, avec ou sans nous, la vie suit son cours. Et pour nous, le temps s’arrête, pendant un bref instant. On entreprend rien avant de partir. On remet tout au retour. Tiens, je recommencerais bien à jouer de la guitare. Ah, mais je pars pour cinq semaines, je vais attendre au retour. Je ferai le ménage de mon auto, je me remettrai au jogging, etc. Un départ qui approche, c’est une bonne excuse pour ne rien faire. Mais on ne se plaindra pas pour ça.

Je pars dans dix-sept jours et, depuis un  mois, le temps s’est mis à défiler à toute vitesse. En général je refuse de prendre le temps en considération, mais je dois bien admettre qu’il s’écoule plus vite qu’à l’habitude. C’est normal. Quand on refuse d’entreprendre quoi que ce soit en attente de quelque chose d’important, eh bien ça défile. En vérité, si je reprenais un emprise sur ces quelques jours qui me restent, j’aurais tout le temps au monde pour régler ce qui devrait l’être avant mon départ. Mais peut-être n’ai-je pas envie de m’embarquer dans quelque chose avant mon voyage. Peut-être que je veux partir l’esprit libre, avec encore toutes les possibilités devant moi.

Profiter en paix de plusieurs semaines de liberté ou poser les jalons pour qu’au retour la vie ait avancé, c’est le grand dilemme. Mais trouver les réponses aux grandes questions, c’est un peu le but des voyages. Je vais faire confiance à ma bonne étoile. Les réponses peuvent être n’importe où. Même douze heures d’avance.

 


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La part des choses

 29-03-2008 -  Canada

Bonjour, ami Lecteur

Dans trois semaines, je serai à l’autre bout du monde. Ça fait réfléchir.

La dernière fois, je t’ai dit que j’aimerais savoir ce que je veux. À présent, je souhaiterais surtout savoir ce qui compte vraiment. Quand la vie est parsemée de petits malheurs, on se fait gentiment rappeler que d’autres gens vivent bien d’autres tragédies. Sauf que quand on traverse une période vraiment difficile, on nous dit de regarder autour de nous, d’avancer, la vie continue, et toutes ces conneries. Il y a des moments, dans la vie, où on a le droit d’être en détresse et qu’on nous foute la paix ?

Je ne sais pas trop ce qui se passe avec la mort. Jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans, je n’y avais à peu près jamais été confrontée. Des animaux domestiques, des connaissances. Rien de plus. Et puis, tout à coup, ça arrive une fois, puis deux, et soudain, ça tombe comme des mouches autour de moi. J’ignore comment j’en étais venue à l’idée que j’étais immunisée ou quelque chose comme ça. Peut-être que c’est ça devenir adulte. Forcément, quand on vieillit, on connaît des gens plus vieux qui sont plus susceptibles de mourir.

Enfin. Plus vieux. Je ne sais pas s’il y a un âge pour se mettre une balle dans la tête, mais ce n’est certainement pas vingt-six ans. Ou s’il y a un moment qu’on considère convenable pour trouver neuf métastases dans un cerveau. Quand un quatrième petit enfant est en route peut-être ?

Je sais que c’est la vie, et que parfois on se sent impuissant. Je ne devrais pas emmerder le monde avec ça. Par une habile tournure de phrase, je devrais traîner ce texte sur un terrain moins pénible et plus humoristique. Facile. Pour oublier mes soucis sérieux, je me mets en rogne pour un petit rien et je m’emballe sur un autre.

J’ai toujours le sentiment que tout le monde me juge parce que je pense être subtilement socialement déficiente. En d’autres mots, il me semble rarement que je me conduis de façon appropriée dans les épisodes banals de la vie courante. On devrait me fusiller pour abus d’adverbes. À l’épicerie, je n’ai toujours pas compris comment procéder pour utiliser les caisses automatiques quand j’apporte mes sacs recyclables. Sérieusement, ces machines sont de véritables trouble-fêtes. La dernière fois, j’ai placé les items dans les sacs de plastique prévus à cet effet et une fois la transaction terminée, je les ai replacés dans mes sacs personnels, le tout sous les yeux ébahis de la commis. Tant pis si j’ai l’air bizarre. Je suis persuadée que certaines personnes trouvent mes excentricités charmantes.

En voyage comme à la maison, il ne faut pas avoir peur du ridicule. Ça n’a jamais tué personne. Pas que je sache en tout cas.


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Les critères

 23-03-2008 -  Canada

Bonjour ami Lecteur,

Je m'étais promis de t'écrire le 18 mars, histoire de marquer en grand le dernier droit avant le grand départ, mais je ne l'ai pas fait. Depuis la dernière fois, j'ai le regret de t'apprendre que j'ai sombré dans la dépendance. Deux, en fait. Guitar Hero et des épisodes de Kammelott en rafale sur DVD. Mais je serai forte, ne t'inquiète pas. Tu vois? En cette journée sainte, je prends la peine de te laisser ce petit mot. C'est une journée bien plus importante que le 18 mars quand on y pense.

Je ne suis pas croyante et encore moins catholique, mais j'aime bien Pâques. Excepté en ce qui concerne ma passion pour le chocolat (d'ailleurs je suis persuadée que c'est la  vraie "passion" du Christ), je trouve que c'est la fête religieuse qui fait le plus de sens. Hier je regardais Jésus mourir encore sur la croix, et, malgré le jeu médiocre des acteurs, j'ai trouvé ça triste. Pauvre type, quand même, il a pas eu de chance. Mais il y croyait, jusqu'au bout.

Si je n'avais qu'une seule chose à changer dans ma personnalité (bon, disons une des choses à changer), ce serait d'arriver à savoir ce que je veux. La vie serait tellement plus facile! Pas d'hésitations, pas de tergiversations, pas d'atermoiements, de faux-fuyants, de temporisation. Combien de fois est-ce qu'on se dit: ah si seulement il n'y avait pas eu tant d'atermoiements! Tous les jours, évidemment.

Les couples autour de moi m'ont amenée sur cette pente. Tu ne peux donc t'en prendre qu'à eux ami Lecteur. Quand on est célibataire, on vit souvent dans l'espoir ou dans l'attente d'une autre relation. Même si ce n'est pas pour tout de suite, on s'imagine qu'éventuellement on trouvera quelqu'un qui nous plaît. On idéalise l'idée du couple. Je ne savais déjà pas à quel genre d'homme je voudrais sacrifier ma liberté, maintenant je ne sais plus si ça en vaut vraiment la peine. J'ai le sentiment que les célibataires souhaiteraient être en couple, pendant que les couples préféreraient être seuls. Si on savait ce qu'on voulait, ça simplifierait les choses. Même pour ceux qui viennent de rencontrer quelqu'un et qui sont encore à la frontière, on dirait que ce n'est pas le bon moment, on est pas sûr, on est pas prêt à s'engager... Ça devrait être comme au primaire: veux-tu sortir avec moi, coche oui ou non...

Avec de pareilles tergiversations, tu comprends comment j'apprécie chaque note de couleur sur laquelle j'appuie pour recréer Crazy on you de Heart. C'est réussi ou c'est raté. Un peu comme cette chronique.


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