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Prénom Marjorie
Age 25
But du voyage Tourisme
Date de départ 18/04/2007
Nom Vallée
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Durée du séjour 37 jours
Nationalité Canada
Description
Marjorie rocks Indochine first Asian Tour! Partons à la découverte de l'Asie pour la première fois en compagnie d'une voyageuse angoissée qui n'a pas froid aux yeux!
Note: 5/5 - 2 vote(s).


Le retour

 16-06-2008 -  Canada

Eh bien ami Lecteur. Toi et moi, on a fait un bon bout de chemin ensemble. Il y a maintenant trois semaines que je suis de retour et je crois que je repoussais sans cesse ce dernier message. Peut-être parce qu'il boucle la boucle. Des mois de ma vie. Et à présent, je dois bien admettre que c'est fini.

J'ai préféré attendre que soit passée la déprime post-voyage pour mettre un point final à mon carnet. Autrement, j'aurais sans doute été amère, et peut-être aurais-je écrit des choses que j'aurais regrettées par la suite. J'aurais sûrement dû écrire un brouillon, afin d'être à la hauteur. Mais non. Comme toujours, il n'y a que moi, et mes idées mélangées.

Le retour. On sait que c'est inévitable, alors on l'attend quand-même avec une certaine hâte. On idéalise. Tout le monde s'est ennuyé, tous vont être enchantés de me revoir. Je suppose qu'ils le sont, mais ils ont aussi leur propre vie. J'ai beau m'y attendre, à chaque retour, j'ai cette impression romanesque que la ville sera décorée pour l'occasion et qu'un grand gala sera organisé en mon honneur. Pas de chance. Ce sera pour la prochaine fois. Les vrais avantages du retour sont dans les petites choses. Un lit douillet, un placard. Une amie qui appelle moins de vingt-quatre heures après mon arrivée, quand aucun des autres ne donne signe de vie. Le chat qui vient se blottir  contre moi au matin, oubliant qu'il boudait encore la veille. Des vêtements propres. Les nouveaux départs. Parce qu'en vérité, dans ma vie, l'aboutissement d'un projet comme celui-là n'est en fait que le commencement d'un autre. Je retourne à l'école en septembre. Disons que j'ai de quoi m'occuper l'esprit pour les trois prochaines années.

C'est bizarre. Peut-être que je vieillis, ou peut-être que la vie suit certains cycles. À mon dernier retour, j'avais vingt-trois ans, et je ne me sentais pas du tout prête à repartir. J'avais l'impression d'avoir déjà tout donné et qu'il ne restait plus rien. Aujourd'hui, deux ans plus tard, j'ai un sentiment d'inachevé, qui fait en sorte que les prochains mois ne seront qu'une étape. En attente du prochain départ. La vie est un cycle, et je termine ce carnet ici, car il ne fait pas partie du prochain tour. Mais j'y reviendrai un jour, pour poursuivre l'aventure, pour t'embêter pendant des mois au sujet de mon voyage suivant. L'Afrique, l'Australie, l'Europe, ou un retour en Amérique du Sud, qui sait? Tout est possible désormais.

Ce n'est que trois semaines, mais on dirait que des mois se sont écoulés. Tout ce qui faisait mon semblant de vie outre-mer commence doucement à s'effacer. J'essaie en vain de retenir les souvenirs, histoire de faire durer plus longtemps ce sentiment de liberté. Un peu comme ce message, que je ne peux me résoudre à terminer. Mais il faut bien trouver le mot de la fin. Alors, ami Lecteur, je te dis merci.


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Pas douée pour les départs

 17-04-2008 -  Canada

Ami Lecteur, j'ai besoin de ton aide. Je sais que tu ne peux rien faire pour moi, mais je compte néanmoins sur toi pour m'envoyer toutes les ondes positives que tu peux pour les 3 prochains jours. Ensuite je serai en Thaïlande et j'aurai oublié ton existence. Alors seulement, tu pourras arrêter.

Je n'aime pas l'avion, je n'aime pas les adieux (comme je te l'ai déjà dit), je hais les douanes et je déteste attendre des heures à l'aéroport. Cela te donne une idée comment les prochains jours seront joyeux. Trente-huit heures de voyage au total. Ça a intérêt à en valoir la peine. Le problème, ce n'est pas tant tout ce que je viens de t'énumérer. Ce ne sont que de durs moments à passer. Le problème, c'est mon angoisse chronique qui profite du fait que je ne dors presque plus pour refaire son apparition.

Quand je pense aux jours qui viennent, je n'ai pas peur de tout ce qui pourrait aller de travers. J'ai peur d'avoir peur. C'est fou, non? En ce moment, je panique parce que j'ai peur de passer les quarante-huit prochaines heures au bord de la panique. Quarante-huit heures de panique, ça raccourcit mon espérance de vie aussi sûrement que si je fumais cent paquets de cigarettes. Si j'étais capable de vivre au jour le jour, je m'extaserais à l'idée de ne pas travailler pendant plus d'un mois. Je ne penserais qu'à la destination et à tout ce qui m'attend. En ce moment "tout ce qui m'attend" n'a pas une résonnance très positive dans ma tête.

Heureusement, le pire est presque fait. Les adieux, ce n'est pas du tout ma tasse de thé, pour ne pas utiliser une expression moins polie. Ce n'est pas que je voudrais que personne ne me souhaite bon voyage, et ce n'est pas non plus que je veux qu'on en fasse tout un plat. On dirait que j'ai toujours une idée de ce que les aurevoirs devraient être et que la réalité s'y conforme rarement. (J'adore cette phrase. Je pourrais la relire encore et encore.) Tout le monde est gentil, mais je ne sais plus quoi répondre quand on me souhaite bon voyage. J'en ai assez de répéter encore et encore mon itinéraire et de voir les réactions quand j'essaie d'expliquer que je voyage seule, mais pas vraiment seule au fond. Je pense que c'est simplement un signe. Il est temps. J'ai assez parlé de ce voyage en long et en large, il est temps de le vivre.

Ça ne s'annonce pas comme les autres fois. Avant, je devais me contenir de faire mes bagages deux mois d'avance, le temps n'avançait pas assez vite, tout était prêt des jours avant le départ. Et aujourd'hui, moins de vingt-quatre heures avant, tout est loin d'être prêt. Je suis à la dernière minute. C'est un détail, mais c'est bizarre. Je ne sais pas si c'est bon signe ou non. Seul le temps nous le dira.

Une chose à la fois. C'est la seule phrase qui pourra apaiser ma nervosité. D'abord je terminerai mes bagages. Ensuite je conduirai jusqu'à Burlington. Ensuite ce sera l'avion, et alors seulement je m'en ferai pour les douanes et le reste. Chaque chose en son temps. Voyons si je peux trouver un autre cliché sur le temps... Ah oui: on traversera le pont quand on sera arrivés à la rivière. Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Non, celui-là, c'était limite. Je m'arrête ici. Repose-toi ami Lecteur. Le pire reste à venir.


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La fièvre

 13-04-2008 -  Canada

As-tu la fièvre ami Lecteur? Moi oui. Et je m'en passerais bien.

C'est la fièvre des séries en ce moment. Si tu as mis le nez dehors, tu t'en es probablement rendu compte. Tout le monde se promène avec des chandails, des drapeaux, etc. La fièvre, c'est bien, c'est exaltant. Mais ça tue au bout d'un moment.

Pour moi, la fièvre c'est s'emballer pour quelque chose (ou quelqu'un), mais ça ne nous apporte rien d'autre que des yeux cernés et un mal de crâne. Mets trois cent personnes dans un restaurant à regarder une partie de hockey, à hurler comme des fous, à claquer cinquante dollars en bière, et à la fin quoi? Un but dans le mauvais filet et voilà. Chacun rentre chez lui. Tout ça, au fond, ça servait à quoi?

Tu sais que je suis une fan de sport, et que ce n'est pas une défaite qui me fait habituellement remettre tout en question, mais je m'interroge sur l'intérêt réel de tout ça. Comme tu me connais trop bien, tu as compris que le sujet du sport n'était en fait qu'une métaphore pour nous emmener à l'enjeu crucial, la vie. Il ne s'agit pas d'un appel à l'aide du style, la vie, à quoi bon? Ce qui m'embête, c'est uniquement la fièvre. Ça me rend folle. Si la vie n'était qu'un long fleuve tranquille, il n'y aurait pas de fièvre, et je ne crois pas que je serais plus malheureuse pour autant. Je n'aurais plus autant de mal à dormir, et surtout je ne formulerais plus d'attentes inespérées sur ce que peut vraiment m'offrir la vie. La vie serait la vie. Voilà tout.

Je suis si épuisée de me battre, que je ne sais plus si je me bats selon ce que la fièvre me dicte ou contre elle. Je rêve de vacances et, heureusement, elles approchent dangereusement. Tu te souviens, je t'ai dit que parfois on regrette de partir parce qu'on sent qu'on va manquer des chances importantes pour faire avancer notre vie? Eh bien je n'y crois plus. Si jamais je devais rester, chaque nouveau jour serait à l'image du précédent, sans jamais rien apporter.

Je vais partir et l'étape des adieux approche. C'est déjà commencé. Je déteste ces moments gênants pour lesquels je suis trop émotive ou pas assez. Je ne suis vraiment pas douée pour les départs. Je préfèrerais être ailleurs, du jour au lendemain. En plus je sauverais trente heures de voyage. Je gagnerais sur tous les tableaux.

Affligée à la fois de la fièvre et de l'appel de l'ailleurs. Pas étonnant que j'ai le coeur qui bat à la chamade.


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Question de timing...

 09-04-2008 -  Canada

Bonjour ami Lecteur!

Maintenant qu'on se connaît assez, j'aimerais te parler d'un sujet qui me tient à coeur... Je ne vais pas revenir sur le fait que je ne crois ni à la chance, ni au temps, mais je dois bien admettre que j'ai une foi totale en le timing.

Je ne sais même pas comment on pourrait le définir. Certains l'ont, d'autres pas, parfois ça va, ça vient, comme le bonheur au fond. Ça peut bâtir une carrière ou la détruire, ça peut influer sur toute une vie. Un mec peut avoir tout le talent au monde, s'il n'est jamais au bon endroit au bon moment, ça ne lui sert strictement à rien. Le timing c'est ça. C'est tout.

Est-ce imputable à la personne elle-même, à son éducation, à sa bonne étoile? On ne peut pas en dire que cela relève entièrement de la chance, pourtant ce n'est pas tellement un talent non plus. Est-ce que la ponctualité est un talent? Au mieux, c'est une qualité. Voici donc ce qu'on peut en conclure: le timing, c'est la ponctualité avec le destin.

Vraiment, je trouve qu'on le sous-estime. Le timing c'est l'avenir. Il devrait exister des livres: Développer votre timing. En amour, au travail et dans les loisirs. On emmerde le Secret et toutes ces conneries. À partir de dorénavant, je crée ma propre chance et le temps est mon allié. Il y a déjà pas mal de gens qui sont naturellement des "opportunistes temporels". Je propose d'aller plus loin que ça. Je suggère de manipuler son entourage en quatre dimensions.

Il m'arrive d'avoir du timing, mais je souhaiterais que ces petites périodes soient plus régulières. Même si on y est pas pour grand chose, le timing est incroyablement satisfaisant. L'autre jour, au travail, un des gars pose aux autres gars une question au sujet d'un événement sportif du début des années 90. Voyant que tout le monde gardait le silence, j'ai dit la bonne réponse. Tous en sont restés bouche bée. Le truc? Deux jours avant, j'étais tombée par hasard sur un reportage qui parlait du même sujet. C'était de la chance, mais pas seulement: Premièrement j'ai une bonne mémoire, ce qui m'aide, et deuxièmement c'était déjà un domaine qui m'intéressait, autrement je ne me serais pas fait chier à regarder le reportage en question. Le timing, c'est ça: un peu du sien, un peu du destin, c'est 50-50. On ajoute un peu d'audace avec un soupçon d'aptitude personnelle, et ça y est.

Le hasard, la chance, les coincidences, tout ça c'est plus ou moins n'importe quoi, mais il y a les signes. Je crois aux signes, même si le plus compliqué est de leur donner du sens. Exemple: dimanche matin je regardais la télé et je tombe sur un film que j'avais déjà vu étant petite. Je suis restée accrochée dessus et j'ai remarqué une scène, où l'actrice principale et Robert Downey jr se retrouvent (c'était pré-cure de désintox) devant la Bouche de la vérité, à Rome, et ils évoquent ce très beau film avec Audrey Hepburn, Vacances à Rome. Je n'avais jamais entendu parler de ce film avant. Deux jours plus tard, je regarde un autre film emprunté cette fois à une amie, You, me and Dupree, un truc assez moyen que j'avais toujours eu l'intention de voir sans jamais en trouver le courage. À un moment, Owen Wilson regarde Vacances à Rome, et c'est pile la scène devant la bouche de la vérité. Le pire est que j'ai vu des previews de You, me and Dupree tous les jours pendant des mois sans jamais me décider à le regarder. Quand même, je suis d'accord que ça ne veut rien dire et que c'est seulement une coincidence, mais je te garantis qu'à mon retour, je vais définitivement louer Vacances à Rome. Je ne sais pas c'est un signe de quoi, mais c'est un signe, c'est sûr.

Parlant de timing (ne t'en fais pas, j'ai presque fini), je t'écrivais récemment que j'étais de plus en plus souvent confrontée à mort. Eh bien, aujourd'hui, comme j'avais déjà l'intention de parler de timing, mon voisin du dessous est décédé. Tu te rends compte, je trouvais juste l'étage du dessus, à quelques mètres à peine quand c'est arrivé. (Je te rassure, il était vieux et malade depuis un moment, alors ce n'est pas un si grand choc.) Si ce n'est pas ça, être proche de la mort... Voilà un timing dont je me serais bien passée.

Cette fois, dans deux semaines je serai à Chiang Mai. Est-ce que ce n'est pas super?


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Le grand frisson

 05-04-2008 -  Canada

Ah, ami Lecteur!

Dans deux semaine je survolerai le Pacifique à bord d'un 767! Tous les jours, je me dis: dans deux semaines ceci, dans deux semaines celà... Je t'ai bien dit qu'en attendant le départ, j'avais cessé de vivre!

Il y a tellement longtemps que ce voyage est prévu que d'une certaine manière, j'ai l'impression que tout est déjà derrière moi. Et tout à coup, oups, je me rappelle, il me reste à y aller. Je fais souvent de l'over-visualisation (je n'ai pas trouvé de meilleure expression.) J'ai tellement pensé et repensé à un événement dans ma tête, qu'il me semble que c'est arrivé pour vrai. C'est un peu triste. Et surtout très bizarre. Ça se vit à l'envers aussi. J'ai tellement revécu un moment dans ma tête que je ne suis plus certaine de ce qui est réellement arrivé ou non. Ça se produit quand on pense trop, même dans l'action.

Parfois je préfèrerais que le voyage soit effectivement terminé car, je dois bien l'admettre, je suis terrifiée. Mais ça, tu t'en doutais. Je n'aurais plus à me soucier de rien et j'aurais la tête pleine de beaux souvenirs. Ne serait-ce pas merveilleux? Mais ce serait aussi un peu triste. Avoir traversé toute cette préparation pour finalement revenir sans avoir ressenti le grand frisson? Le moment où l'avion décollera pour m'emmener dans un endroit dont j'ignore tout?

J'ai déjà sauté en parachute, je te l'ai dit? Eh bien, c'est un peu comme ça. À l'instant où je me trouvais au bord de la nacelle (c'était une mongolfière, et non un avion du dix-neuvième siècle), les pieds dans le vide, tout ce qui m'avait amenée là ne comptait plus. L'argent dépensé, le cours accéléré au sol, les commentaires des amis, tout se résumait à la terre ferme, neuf mille pieds plus loin. Et puis j'ai basculé et, pour quelques malheureuses petites secondes, tout en avait valu la peine.

Lâcher prise, c'est la marche à suivre quand l'avion décollera. Comme lorsque je tombais à deux cent kilomètres heures. J'avais déjà tout fait ce que j'avais à faire, il ne me restait qu'à tomber vers le sol. Quand l'avion va décoller, je vais devoir accepter mon aventure comme elle se produira et renoncer à tout contrôler. Comme quand on fait les premiers pas avec quelqu'un qui nous plaît. On a pris le temps de l'observer, d'élaborer un plan d'attaque, mais quand finalement on engage le contact, on laisse les choses aller.

On a plus rien à préparer, à visualiser. On a plus qu'à vivre.


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Les grandes questions

 01-04-2008 -  Canada

Bonjour, ami Lecteur

De façon générale, plus la date du départ approche, plus je regrette ma décision de partir. Pour l'instant, heureusement, tout semble aller de soi. Je me sens même fébrile. D'ailleurs je me sens tellement fébrile que je vais contenir ma joie un peu. Ça irradie trop sur mon ordinateur, j'ai peur que les cristaux liquides se mettent à bouillir.

C’est complètement fou, mais quand on part pour quelques semaines et plus, on a l’impression de laisser sa vie en plan et que, si on n’était jamais parti, les questions en suspens auraient finalement trouvé une réponse. Ensuite on revient, et on dirait qu’on a reculé. L’expérience gagnée en voyage, ça compte, mais ça intéresse personne. Ils disent le contraire, mais c’est faux. Chaque fois qu’on essaie de placer un mot sur le sujet, la conversation prend une autre tournure et on oublie. Ce qui se passe à l’étranger y reste. Surtout quand on part seul. Il faut être capable d’accepter que ces souvenirs nous demeureront et qu’ils seront pratiquement impossibles à partager.

La vérité c’est qu’on le veuille ou non, avec ou sans nous, la vie suit son cours. Et pour nous, le temps s’arrête, pendant un bref instant. On entreprend rien avant de partir. On remet tout au retour. Tiens, je recommencerais bien à jouer de la guitare. Ah, mais je pars pour cinq semaines, je vais attendre au retour. Je ferai le ménage de mon auto, je me remettrai au jogging, etc. Un départ qui approche, c’est une bonne excuse pour ne rien faire. Mais on ne se plaindra pas pour ça.

Je pars dans dix-sept jours et, depuis un  mois, le temps s’est mis à défiler à toute vitesse. En général je refuse de prendre le temps en considération, mais je dois bien admettre qu’il s’écoule plus vite qu’à l’habitude. C’est normal. Quand on refuse d’entreprendre quoi que ce soit en attente de quelque chose d’important, eh bien ça défile. En vérité, si je reprenais un emprise sur ces quelques jours qui me restent, j’aurais tout le temps au monde pour régler ce qui devrait l’être avant mon départ. Mais peut-être n’ai-je pas envie de m’embarquer dans quelque chose avant mon voyage. Peut-être que je veux partir l’esprit libre, avec encore toutes les possibilités devant moi.

Profiter en paix de plusieurs semaines de liberté ou poser les jalons pour qu’au retour la vie ait avancé, c’est le grand dilemme. Mais trouver les réponses aux grandes questions, c’est un peu le but des voyages. Je vais faire confiance à ma bonne étoile. Les réponses peuvent être n’importe où. Même douze heures d’avance.

 


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La part des choses

 29-03-2008 -  Canada

Bonjour, ami Lecteur

Dans trois semaines, je serai à l’autre bout du monde. Ça fait réfléchir.

La dernière fois, je t’ai dit que j’aimerais savoir ce que je veux. À présent, je souhaiterais surtout savoir ce qui compte vraiment. Quand la vie est parsemée de petits malheurs, on se fait gentiment rappeler que d’autres gens vivent bien d’autres tragédies. Sauf que quand on traverse une période vraiment difficile, on nous dit de regarder autour de nous, d’avancer, la vie continue, et toutes ces conneries. Il y a des moments, dans la vie, où on a le droit d’être en détresse et qu’on nous foute la paix ?

Je ne sais pas trop ce qui se passe avec la mort. Jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans, je n’y avais à peu près jamais été confrontée. Des animaux domestiques, des connaissances. Rien de plus. Et puis, tout à coup, ça arrive une fois, puis deux, et soudain, ça tombe comme des mouches autour de moi. J’ignore comment j’en étais venue à l’idée que j’étais immunisée ou quelque chose comme ça. Peut-être que c’est ça devenir adulte. Forcément, quand on vieillit, on connaît des gens plus vieux qui sont plus susceptibles de mourir.

Enfin. Plus vieux. Je ne sais pas s’il y a un âge pour se mettre une balle dans la tête, mais ce n’est certainement pas vingt-six ans. Ou s’il y a un moment qu’on considère convenable pour trouver neuf métastases dans un cerveau. Quand un quatrième petit enfant est en route peut-être ?

Je sais que c’est la vie, et que parfois on se sent impuissant. Je ne devrais pas emmerder le monde avec ça. Par une habile tournure de phrase, je devrais traîner ce texte sur un terrain moins pénible et plus humoristique. Facile. Pour oublier mes soucis sérieux, je me mets en rogne pour un petit rien et je m’emballe sur un autre.

J’ai toujours le sentiment que tout le monde me juge parce que je pense être subtilement socialement déficiente. En d’autres mots, il me semble rarement que je me conduis de façon appropriée dans les épisodes banals de la vie courante. On devrait me fusiller pour abus d’adverbes. À l’épicerie, je n’ai toujours pas compris comment procéder pour utiliser les caisses automatiques quand j’apporte mes sacs recyclables. Sérieusement, ces machines sont de véritables trouble-fêtes. La dernière fois, j’ai placé les items dans les sacs de plastique prévus à cet effet et une fois la transaction terminée, je les ai replacés dans mes sacs personnels, le tout sous les yeux ébahis de la commis. Tant pis si j’ai l’air bizarre. Je suis persuadée que certaines personnes trouvent mes excentricités charmantes.

En voyage comme à la maison, il ne faut pas avoir peur du ridicule. Ça n’a jamais tué personne. Pas que je sache en tout cas.


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Les critères

 23-03-2008 -  Canada

Bonjour ami Lecteur,

Je m'étais promis de t'écrire le 18 mars, histoire de marquer en grand le dernier droit avant le grand départ, mais je ne l'ai pas fait. Depuis la dernière fois, j'ai le regret de t'apprendre que j'ai sombré dans la dépendance. Deux, en fait. Guitar Hero et des épisodes de Kammelott en rafale sur DVD. Mais je serai forte, ne t'inquiète pas. Tu vois? En cette journée sainte, je prends la peine de te laisser ce petit mot. C'est une journée bien plus importante que le 18 mars quand on y pense.

Je ne suis pas croyante et encore moins catholique, mais j'aime bien Pâques. Excepté en ce qui concerne ma passion pour le chocolat (d'ailleurs je suis persuadée que c'est la  vraie "passion" du Christ), je trouve que c'est la fête religieuse qui fait le plus de sens. Hier je regardais Jésus mourir encore sur la croix, et, malgré le jeu médiocre des acteurs, j'ai trouvé ça triste. Pauvre type, quand même, il a pas eu de chance. Mais il y croyait, jusqu'au bout.

Si je n'avais qu'une seule chose à changer dans ma personnalité (bon, disons une des choses à changer), ce serait d'arriver à savoir ce que je veux. La vie serait tellement plus facile! Pas d'hésitations, pas de tergiversations, pas d'atermoiements, de faux-fuyants, de temporisation. Combien de fois est-ce qu'on se dit: ah si seulement il n'y avait pas eu tant d'atermoiements! Tous les jours, évidemment.

Les couples autour de moi m'ont amenée sur cette pente. Tu ne peux donc t'en prendre qu'à eux ami Lecteur. Quand on est célibataire, on vit souvent dans l'espoir ou dans l'attente d'une autre relation. Même si ce n'est pas pour tout de suite, on s'imagine qu'éventuellement on trouvera quelqu'un qui nous plaît. On idéalise l'idée du couple. Je ne savais déjà pas à quel genre d'homme je voudrais sacrifier ma liberté, maintenant je ne sais plus si ça en vaut vraiment la peine. J'ai le sentiment que les célibataires souhaiteraient être en couple, pendant que les couples préféreraient être seuls. Si on savait ce qu'on voulait, ça simplifierait les choses. Même pour ceux qui viennent de rencontrer quelqu'un et qui sont encore à la frontière, on dirait que ce n'est pas le bon moment, on est pas sûr, on est pas prêt à s'engager... Ça devrait être comme au primaire: veux-tu sortir avec moi, coche oui ou non...

Avec de pareilles tergiversations, tu comprends comment j'apprécie chaque note de couleur sur laquelle j'appuie pour recréer Crazy on you de Heart. C'est réussi ou c'est raté. Un peu comme cette chronique.


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S & M

 13-03-2008 -  Canada

Salut ami Lecteur!

Comme tu vois, je ne recule devant rien pour attirer de nouveaux amis par des mots-clés percutants! Mais non voyons, S & M est et restera toujours synonyme de Symphony and Metallica dans ma tête! (J'ai rarement écrit une phrase qui comportait autant de "Y"!)

J'ai cherché Masochiste dans le Petit Larousse pour le plaisir. Bon, il y a la définition que tous connaissent: perversion dans laquelle le sujet recherche le plaisir sexuel dans la violence ou humiliation, bla bla bla. Le sujet. On ne peut même pas le qualifier de personne apparamment. Mais on trouve aussi: Comportement d'une personne qui semble rechercher les situations où elle souffre, se trouve en difficulté, etc. (Cette fois le etc. était effectivement dans le dictionnaire, ce n'est pas un ajout de ma part pour couper les coins ronds!)

Dans la vie, on est tous tellement masochistes à tellement de niveaux différents que ça me sidère. Personnellement, j'ai accepté depuis longtemps cet aspect de moi-même. J'aime le metal, j'aime souffrir. C'est connu. J'aime aussi les Maple Leafs de Toronto. Autant affirmer que je suis née pour la douleur. Je quantifie souvent mon goût pour la souffrance par rapport aux choses ou personnes que j'aime qui ne m'apporteront jamais rien en retour. Ça me paraît assez clair que dans ma tête: aimer = souffrir. Mais dans le bouddhisme, la vie est souffrance. Si A=B, et que B=C, donc A=C, non? Aimer = vivre. Le grand cycle de la vie. J'aimerais bien écrire un jour un texte qui ne finirait pas en démonstration algébrique.

La vie est souffrance. Ça, on en est tous conscient. C'est difficile, ça fait mal, et, même quand tout va bien, on ressent toujours ce petit malaise au fond de nous-mêmes.Ça ne peut pas durer. On se sent coupables quand on ne profite pas de son bonheur. Ce serait une explication à la "recherche de situations où elle souffre." Tant qu'à avoir mal, autant avoir mal pour quelque chose qu'on peut nommer, et qu'ultimement on peut régler. Souffrir apporte du réconfort. Pareil pour la douleur physique. La douleur passée, on plonge dans un sentiment de bien-être, créé par les endorphines. Pourquoi après un gros effort physique se sent-on aussi bien? C'est le cerveau qui répond.

Je me frotte souvent à ce qui, je le sais, finira par me blesser. Mais je ne sais pas quoi faire d'autre, après tout, je suis humaine, et en plus une femme, ce qui n'aide rien. Mais bon. Souffrir c'est apprendre, apprendre c'est vivre. Il faut bien en passer par là. Un jour je serai suffisamment vieille pour me passer dans la douleur.

On parlera du sadisme une autre fois, ami Lecteur. Profite du soleil.


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Double faute

 10-03-2008 -  Canada

Avent que tu proteste, ami Lecteur, je doie dire que je te comprends. Trois message en deux joures, quand même, c'est trop! C'est vrai, mais je devès partager quelque chose avec toi.

J'aime bien relire les texte que j'ai placé sur mon carnet de vouyage, parce que je trouve qu'ils paraisse un peu moins mauvais une foi mis en ligne. Ça fait tellement professsssionnnnnel! Petit bémol: quand on se relie, on trouve inévitablement des tournures de frases boiteuses, des répétitions enfantines et surtout, dieu m'en garde (oui, j'ai mis une minuscule à dieu, j'irai en enfer pour cela!) des phôtes. Horreur! J'en vois partout, où que je regarde, et pourtant, je te le promets, je tente de me corriger avant de soumettre mes textes à tes yeux pures.

Le comble: Le fabuleux site Kikooboo nous permets d'aller visiter nos statistiks. Cela m'aide à réaliser que je ne seré jamais dans le top 10 des carnets les plus suivis. Bon. J'y vois aussi mon nombre de visiteurs par jour (oui, oui, j'ai d'autres lecteurs que toi!) et les liens qui les ont menées sur ma page. Triple horrreur (ce qui n'est pas peut dire): un des liens qui mènent à mon site est une abominable faute de frappe! Quelqu'un s'est gouré dans Google, et dans ses choix de recherche, qu'est-ce qu'on trouvent??? La même faute, la mienne!!! Je ne peux croire qu'un étranger a découvrit ma page à l'aide d'une de mes erreurs. C'est un suicide artistique, mais qu'importe. J'essaierai de me montrer plus digne de l'espace qui m'est réserver à l'avenir. Tu vois? C'est déjà commencé.

Je te laisse un répit, ami Lecteur. Amuse-toi bien.

PS. Je n'ai pas pris le temps de corriger ce texte. Ça allait?

PPS. Mais non, je rigole, ami Lecteur! Tu sais reconnaître un exercice de style quand tu en vois un, n'est-ce pas, toi si assoiffé de défis intellectuels!

PPPS. Je te défends de songer qu'il s'agit peut-être d'une stratégie de ma part dans le but d'attirer d'autres internautes illettrés!

PPPPS. Faire des fautes, même par exprès, c'est foutrement difficile. Ça m'a épuisée. Vite, je retrouve mon écriture soignée! Je me sens si sale!

PPPPPS. Ouf. Ça va mieux.

PPPPPPS. À partir de combien de post-scriptum est-ce que ça cesse d'être drôle?

PPPPPPPS. Quelqu'un ici a lu Iphigénie de la Haute-Ville? Je le recommande. Très bon roman québécois.

PPPPPPPPS. Québécois ou québécois? Une question nationale est en jeu! Comment trouver le sommeil à présent???

PPPPPPPPPS. ZZZZZZZzzzzzzzzzzzzzzzzzzzZZZZZZZZzzzzzzzzzzzzz


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Bureaucratie

 10-03-2008 -  Canada

Bon début de semaine, ami Lecteur.

J'ai des parents formidables, tu sais. Des gens généreux, qui offrent sans compter. Je ne crois pas t'avoir déjà parlé d'eux. Eh bien! Ils resteront dans l'ombre, ami Lecteur, car ils ne sont qu'accessoires à ce qui suit.

Ces mêmes parents formidables, devant un vol de retour comportant une escale de huit heures dans la grande ville de New York, décidèrent de se payer une escapade dans la Grosse Pomme, escapade devant, tu le devines, se terminer le dimanche de mon retour. Ainsi, plutôt que de patienter huit heures dans un aéroport, telle le héros de Terminal, ensuite de voler une heure et demie avant de me taper quatre heures de route, ils viendraient me rejoindre à Kennedy aussitôt les douanes passées pour un banal petit huit heures de voiture. Moment de grâce! La perfection faite arrivée de voyage. Malheureusement, il restait bien sûr à convaincre la grosse machine Delta.

J'appelle. Ça sonne. Oh! Une voix me dit de rester en ligne pour le français. J'ai peine à y croire, sur le site internet, il n'est dit nulle part que des téléphonistes francophones risquent de me répondre. Dix secondes d'attente et hop! On me répond! ... En anglais. Ce n'est rien, j'étais préparée. La déception est passagère, surtout que wow! Quel rapidité de réponse! Ça compense des lacunes langagières. Je baragouine mon intention de soustraire de mon voyage la séduisante ville de Burlington. Suspense... Problèmes à l'horizon. New York, c'est un tout autre marché que Burlington (BVT, pour les intimes.) Il y a donc une petite différence à payer... Une bagatelle de 500$. C'était bien la peine de se farcir le trajet jusqu'aux States, quand pour le même prix, je serais partie de Montréal! (YUL pour les initiés.) Il me vient un éclair de génie. Qu'est-ce qui se passe, mademoiselle, si jamais je devais manquer mon dernier vol et rester coincée à JFK? Alors, je perdrais mon billet. Quel drame! Parcourir des milliers de kilomètres pour perdre mon billet tout près de l'arrivée! C'est un bien petit sacrifice. Je crois bien que je vais faire une étourdie de moi-même et oublier de prendre un avion en partance pour BVT. Et toc.

Le système est mal fait, ami Lecteur, mais les gens sont charmants. La demoiselle, après avoir fait la sourde oreille à mes sombres desseins, remarque que le système m'a ajouté une escale sur le vol d'allée, ce qui me donne deux arrêts de moins de quarante minutes. Plutôt stressant, quand on part pour l'autre bout du monde! Très gentille, elle a modifié mon itinéraire, ce qui me conduit à JFK directement au lieu de passer par ATL et CVG (respectivement noms d'artistes de Atlanta et Cincinnati). Un arrêt de six heures à JFK, mais qui s'en plaindrait? C'est que je le connaîtrai rudement bien, cet aéroport, après y avoir passé six heures et m'y être perdue neuf heures, juste le temps de manquer ma correspondance pour BVT!

Tu vois ami Lecteur, un problème pas tout à fait réglé (qui ne le sera que par ma capacité à improviser) et un autre trouble que je croyais immuable qui fut gentiment arrangé par une aimable personne. C'est tout l'art de voyager: se montrer souple, attentif, reconnaissant. J'essaierai de m'en rappeler quand je mourrai de peur à la frontière du Vietnam! Au fait j'ai eu mon visa, je te l'ai dit? C'est tout moi, ça: une rebelle au grand coeur.


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Mon Panache

 09-03-2008 -  Canada

Bonsoir ami Lecteur

Aujourd’hui fut un grand jour dans l’épanouissement de ma vie culturelle. Oui, aujourd’hui, j’ai assisté pour la première fois à la pièce Cyrano de Bergerac. Oh, j’avais déjà eu le plaisir de la lecture de cette pièce, bien sûr, mais que sait-on vraiment d’une pièce avant de l’avoir vue jouée sous nos yeux ébahis ?

C’était au Trident, et en temps normal je ne suis pas une grande fan de leurs productions, mais je dois admettre avoir été enchantée. Je ne suis qu’une néophyte en théâtre, alors je n’essaierai pas de qualifier le jeu des acteurs ou les décors. C’était une décision ambitieuse que de s’attaquer à cette œuvre, mais le défi fut relevé avec brio. Voilà.

Mais bon, Cyrano, c’est Cyrano, et ça donne à réfléchir. (Tu vas me dire que passer devant l’étalage des brocolis à l’épicerie me fait réfléchir, mais enfin pourquoi des légumes aussi bêtes auraient-ils droit à tout un étalage ? Ça n’a pas de sens.) Personnage très attachant, mais aussi très frustrant. En Cyrano on reconnaît notre propre lâcheté. Nos propres conflits internes.

En théâtre l’histoire compte, mais le fondement de l’histoire, ce sont les conflits. Conflit externe : quelqu’un essaie de tuer notre héros. Conflit interne : le héros a la nez si gros qu’il refuse d’avouer à la femme de sa vie qu’il est amoureux d’elle. Dans toute l’histoire de l’étude du théâtre, Cyrano est probablement le cas de conflit interne le plus exemplaire. Je ne vois pas comment exprimer ceci sans tomber dans la dissertation de secondaire 4. Ah, et puis, je me lance. Sujet amené : Depuis des millénaires, l’orgueil a constitué un sujet de prédilection pour les héros masculins. Sujet posé : Cyrano de Bergerac n’y fait pas exception, lui si courageux, il refuse d’avouer sa flamme à Roxanne par peur du rejet. Sujet divisé : Dans ce texte nous verrons que nous possédons tous notre « gros nez » qui nous empêche de nous réaliser.

On reconnaît toujours facilement les complexes des autres pour ce qu’ils sont : de simples complexes, et non des catastrophes. Comme la fille qui se trouve trop grosse ou le gars trop gringalet. Il y en a d’autres pour qui le nez est une profonde cicatrice émotionnelle, ou bien une relation conflictuelle avec la mère. Ce ne sont que des excuses et tu sais que j’exècre les excuses.

Cyrano est probablement mort en maudissant le nez qui a gâché sa vie, alors qu’en réalité ce sont sa lâcheté et sa peur d’être rejeté qui ont toujours guidé ses gestes. On s’imagine souvent que les occasions qu’on manque à cause de notre peur vont finir par revenir, mais on peut parfois attendre toute sa vie. Cliché du jour : à force de regarder passer les trains sans jamais y monter, on passe toute sa vie à la gare. Ou on écrit des romans de gare. C’est probablement mon destin.

J’aime le théâtre. Quand Cyrano a lancé sa dernière réplique avant de mourir (oups, j’ai volé le « punch », j’espère que tu n’avais pas l’intention d’aller voir la pièce !) on aurait pu entendre une mouche voler dans la salle. J’avais beau connaître la fin, j’avais quand même le cœur serré. Sérieusement, le pauvre type, il avait de la gueule ! Allez, repose en paix Cyrano.

(Ouverture de la conclusion : la pièce Cyrano de Bergerac continuera d’être produite pendant les générations à venir car elle transcende les âges par son sujet, toujours actuel, de l’acceptation de soi. Ça, ça mérite un « T.B » dans la marge !)


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À tout jamais

 29-02-2008 -  Canada

Il était une fois, ami Lecteur,

Ce soir j’ai réfléchi aux fins heureuses. Je ne sais pas trop comment c’est arrivé. Un peu de Final Fantasy au Play Station combiné à un épisode des Gilmore Girls a fait naître en moi un malaise que je ne pouvais identifier. Il a fallu plusieurs minutes pour que les pièces du casse-tête se mettent en place.

De toute façon je me sentais coupable de ne plus t’écrire ami Lecteur. Mais depuis quelques jours tous les sujets me paraissaient fades, et je ne voudrais surtout pas être fade avec toi. Pas plus que je ne souhaiterais écrire n’importe quoi pour remplir ma chronique. Alors je me suis abstenue. Mais on a beau y réfléchir, quand on n’écrit pas on n’écrit pas. Penser à faire du sport ne nous met pas en forme. Rêver à de la nourriture quand on a faim ne nous rassasie pas. Mais ce n’est pas le sujet. J’en ai un moins fade pour toi.

J’ai réalisé mon profond égocentrisme, mais ensuite, heureusement, j’ai réalisé celui de tous les autres. Ou, en tout cas, il en est ainsi dans le monde que j’imagine. D’où mon égocentrisme : supposer que les vies des autres sont calquées sur la mienne.

Je suis un auteur, alors pourquoi lutter ? Dans le monde que j’imagine, nous sommes tous les héros de notre propre roman éponyme. Tous nos amis, nos parents, nos collègues, en sont les personnages secondaires. Ce n’est pas très original, sauf si on plonge en déprime philosophique aigue, et qu’on essaie de se mettre à la place des personnages secondaires. D’où les fins heureuses. D’abord existent-elles vraiment, j’en doute car, dans la vie, la seule fin possible est la mort, et c’est rarement un événement heureux. Ne serait-ce pas merveilleux si notre vie prenait fin le jour de notre mariage, comme dans Cendrillon ?

Bref, je me suis mise à paniquer. Pour une seule princesse qui épouse son prince, combien y a-t-il de sorcières aux bas rayés écrasées par une maison ? Combien de demi-sœurs aigries, de belles-mères frustrées, d’ogres assassinés ? C’est un fait établi : tout le monde ne peut pas être heureux en même temps, le bonheur des uns fait le malheur des autres, et si je connaissais une autre phrase cliché sur le sujet je l’ajouterais ici.

Tu vois enfin le fondement de mon malaise : une seule interrogation en fait. Suis-je une héroïne digne de vivre heureuse à jamais (ou quelque chose s’en approchant) ou suis-je la sorcière de quelqu’un d’autre ? Je dois t’avouer que je me sens davantage comme une sorcière en ce moment, ami Lecteur, car une princesse ne perdrait pas son temps dans un tel texte, elle serait trop occupée à essayer d’échapper à son donjon.

Etre une sorcière n’est pas un problème pour moi, mais si jamais je devais être la gagnante à la fin du livre, cela résulterait en de la souffrance pour beaucoup d’autres gens. Cela en vaudrait-il la peine ? Le bonheur de la majorité compte probablement plus, mais mon égocentrisme entre ici en jeu. C’est tout un dilemme.

Pour notre plus grand bonheur, la vie est pleine de surprise, et surtout, elle est si longue ! Alors il n’y a pas qu’une fin, mais des milliers, des joyeuses, d’autres moins, et plein d’occasions de jouer au méchant et au gentil. Ce serait bien triste de mourir avant d’avoir connu tout ça.

Mon ordinateur trouvait ma conclusion si ennuyeuse qu’il s’est mis en veille de lui-même. Je suppose que je n’ai pas trop à m’en faire pour mon égocentrisme, puisque ma fin m’appartient et que personne n’en veut, pas même une machine.

La suite de mon roman la prochaine fois, ami Lecteur. Fais de beaux rêves.


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Pas assez de plaisir...

 13-02-2008 -  Canada

Bonne tempête ami Lecteur!

Il y a deux jours avait lieu mon rendez-vous au CLSC pour mes vaccins de voyage. Malheureusement, je suis au regret de t'annoncer que le tout s'est déroulé avec une efficacité navrante. Pas la moindre petite anecdote à raconter sur le sujet!

Il y a deux ans, pour ma première visite dans cet endroit, j'avais subi, comme tous les voyageurs, un test de dépistage pour la tuberculose. On injecte quelques gouttes de liquide sous la peau et, quarante-huit heures plus tard, on retourne au CLSC faire confirmer par l'infirmière qu'il n'y a pas eu de réaction. Je suis donc assise sur la table d'examen et l'infirmière me dit qu'elle va mettre quelque chose autour de la piqure pour ne pas que je l'accroche par mégarde. Je m'imagine donc un espèce de bandage, de band-aid, quelque chose comme ça. Elle arrive cependant avec un stylo et dessine une étoile autour de la piqure. Je suis restée bouche bée et je n'ai pu formuler la moindre question sur le moment. En quoi ce dessin allait-il m'empêcher de gratter la zone défendue? Était-ce une barrière spirituelle puissante qui protégeait la petite blessure? Deux jours plus tard, je retourne et la dame constate que son dessin a bien rempli sa fonction. Je n'avais pas la tuberculose.

Pendant des mois j'ai cru que l'infirmière en question était bizarre, voir même stupide, mais j'avais oublié l'incident jusqu'à ce qu'une copine subisse le même test. Je lui raconte donc mon propre test et on en rit un peu. Quand elle en revient, on lui a fait la même chose: du stylo sur le bras. Cette pratique était donc répandue! Mais, plus brillante que moi, elle avait posé la question à l'infirmière: comme il n'y avait à peu près jamais de réaction pour ce test (les tuberculeux ne courant pas les rues), elle faisait une marque autour de la piqure pour se rappeler à quel endroit elle avait injecté. C'est d'une logique implacable. J'ai alors regretté mon mavais jugement des infirmières. Il faut leur faire confiance, elles le méritent.

Dans le même ordre d'idée, j'ignorais tout de la chose, mais MSN m'a prévenu aujourd'hui que demain il y avait une quelconque fête pour amoureux, je ne sais pas trop. 30 émoticons disponibles! Voilà le titre du message. C'est donc ainsi qu'on procède de nos jours? En envoyant par e-mail des bonhommes sourires qui crachent des coeurs? Ou bien j'ai été célibataire trop longtemps, ou bien pas assez, je vais peut-être laisser le temps à cette mode de passer...

Garde le sourire, ami Lecteur!


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Trop de plaisir...

 09-02-2008 -  Canada

Bonjour ami Lecteur,

À tout près de deux mois du grand départ, il est normal que je t'entretienne des derniers développements en rapport avec mon voyage. On dit souvent que trop de préparation gâche une virée autour du monde, qu’il faut laisser place à l’improvisation, aux imprévus. Je suis d’accord, mais il y a certains imprévus auxquels je ne me sens pas prête à faire face, comme être enlevée dans un quartier sombre de Bangkok pour la traite des blanches, ou aboutir dans un hôpital mal famé du Laos à me faire soigner pour une malaria. Dans deux jours je me présenterai donc à la clinique santé-voyage de mon quartier pour quelques vaccins et prescriptions, une expédition sans doute mémorable que j’aurai tout loisir de te raconter dans le détail. J’anticipe déjà le dépistage de ma tuberculose avec joie. Tu es sans doute comme moi.

Pour en revenir aux excès de préparation, personnellement, j’apprécie presque autant de m’y livrer quelques mois en avance que le voyage lui-même. Donc, pourquoi me priver de ce petit bonheur ?

J’ai donc fait organiser mon arrivée en Thaïlande par l’agence avec laquelle je fais affaire (Ça paraît important, dit de cette façon !). Quelqu’un passera me chercher à l’aéroport, et ensuite j’aurai deux nuits déjà réservées à l’hôtel avant que le tour ne commence. Tu me diras : (voix nasillarde) Mais Marjorie, où est ton goût pour l’aventure ? Eh bien, ami Lecteur, je prévois qu’il sera tombé dans le Pacifique quelque part entre la côte Ouest et Séoul. D’un côté, il y a le fait qu’après trente heures de voyage, pour ma première fois en Asie, toute seule, en pleine nuit, je n’aurai pas nécessairement l’envie d’essayer les transports publics et de chercher où me loger. De plus, je suis une personne angoissée, tu le sais, et l’idée de passer ces trente heures à me torturer en me demandant ce qui va m’arriver à l’atterrissage ne me plaît guère. Ma conclusion est donc : parfois il vaut mieux ne pas faire passer un sens exagéré de l’aventure avant sa santé mentale. De toute façon, arrivée organisée ou non, je serai déjà épouvantée à l’idée de manquer mes correspondances pour cause d’escales trop courtes.

Ce n’est pas tout : j’ai entrepris, pour les deux mois qui me restent, d’apprendre quelques rudiments de thaï et de vietnamien. Tu devrais me voir, en train de m’entraîner sur mon vélo stationnaire, à crier des onomatopées encore vides de sens ! Les Thaïs devraient se taper de sérieux fous rires à mon arrivée. Ça devrait réunir les clans en conflit dans le pays. Mais bon. Nous verrons bien, n’est-ce pas ami Lecteur ?

 


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