Marjorie rocks Indochine first Asian Tour! Partons à la découverte de l'Asie pour la première fois en compagnie d'une voyageuse angoissée qui n'a pas froid aux yeux!
Eh bien ami Lecteur. Toi et moi, on a fait un bon bout de chemin ensemble. Il y a maintenant trois semaines que je suis de retour et je crois que je repoussais sans cesse ce dernier message. Peut-être parce qu'il boucle la boucle. Des mois de ma vie. Et à présent, je dois bien admettre que c'est fini.
J'ai préféré attendre que soit passée la déprime post-voyage pour mettre un point final à mon carnet. Autrement, j'aurais sans doute été amère, et peut-être aurais-je écrit des choses que j'aurais regrettées par la suite. J'aurais sûrement dû écrire un brouillon, afin d'être à la hauteur. Mais non. Comme toujours, il n'y a que moi, et mes idées mélangées.
Le retour. On sait que c'est inévitable, alors on l'attend quand-même avec une certaine hâte. On idéalise. Tout le monde s'est ennuyé, tous vont être enchantés de me revoir. Je suppose qu'ils le sont, mais ils ont aussi leur propre vie. J'ai beau m'y attendre, à chaque retour, j'ai cette impression romanesque que la ville sera décorée pour l'occasion et qu'un grand gala sera organisé en mon honneur. Pas de chance. Ce sera pour la prochaine fois. Les vrais avantages du retour sont dans les petites choses. Un lit douillet, un placard. Une amie qui appelle moins de vingt-quatre heures après mon arrivée, quand aucun des autres ne donne signe de vie. Le chat qui vient se blottir contre moi au matin, oubliant qu'il boudait encore la veille. Des vêtements propres. Les nouveaux départs. Parce qu'en vérité, dans ma vie, l'aboutissement d'un projet comme celui-là n'est en fait que le commencement d'un autre. Je retourne à l'école en septembre. Disons que j'ai de quoi m'occuper l'esprit pour les trois prochaines années.
C'est bizarre. Peut-être que je vieillis, ou peut-être que la vie suit certains cycles. À mon dernier retour, j'avais vingt-trois ans, et je ne me sentais pas du tout prête à repartir. J'avais l'impression d'avoir déjà tout donné et qu'il ne restait plus rien. Aujourd'hui, deux ans plus tard, j'ai un sentiment d'inachevé, qui fait en sorte que les prochains mois ne seront qu'une étape. En attente du prochain départ. La vie est un cycle, et je termine ce carnet ici, car il ne fait pas partie du prochain tour. Mais j'y reviendrai un jour, pour poursuivre l'aventure, pour t'embêter pendant des mois au sujet de mon voyage suivant. L'Afrique, l'Australie, l'Europe, ou un retour en Amérique du Sud, qui sait? Tout est possible désormais.
Ce n'est que trois semaines, mais on dirait que des mois se sont écoulés. Tout ce qui faisait mon semblant de vie outre-mer commence doucement à s'effacer. J'essaie en vain de retenir les souvenirs, histoire de faire durer plus longtemps ce sentiment de liberté. Un peu comme ce message, que je ne peux me résoudre à terminer. Mais il faut bien trouver le mot de la fin. Alors, ami Lecteur, je te dis merci.
Je suis desolee, on peut dire que je t ai laisse sur ta faim au cours de la derniere semaine... Mais que veux-tu, meme les grands esprits ont besoin de vacances quand ils voyagent! (par grands esprits, j entends bien sur toi... Pour qui me prends-tu?)
Je t ecris juste a temps pour te dire que je prends l avion dans quelques heures... Mais pas pour quelque destination exotique cette fois. Apres un arret a Seoul, je m envolerai pour New York, et la fin de mon periple.
Les derniers jours avant la fin, on a l impression que ca s eternise. Pas qu on voudrait que ca arrive plus vite, mais on arrete de vivre, on tombe dans l attente, la meme chose qu avant le grand depart. On se met a penser a tout ce qu on va retrouver (parce que avant ca, pour etre honnete, on ne s ennuie pas vraiment...) On voudrait que ca soit termine, les derniers soupers a 2$, la derniere biere a 3h de l apres midi, la derniere marche a 40 degres a l ombre (bon, celle la, je m ennuirai pas trop). Depuis hier soir, tout ce qui me passait par la tete, c est: que je monte enfin dans ce maudit avion que je puisse me reposer. Mais la, evidemment, ce n est plus pareil.
Mon dernier compagnon de voyage vient de reprendre la route de son cote vers de nouvelles aventures, alors que moi je suis coincee sur Kao San Road a attendre 3h avant la navette qui va me mener a l aeroport. D accord, j ai un plan. Une creme glacee, un peu de shopping de derniere minute, essayer d echapper a la pluie qui va tomber d ici quelques minutes... Je sais qu au fond de moi je suis prete a rentrer, parce que c est toujours comme ca, on est conditionne au retour des le debut, si je devais rester 3 mois de plus je le ferais sans probleme, mais puisque je sais que je rentre ce soir, je vis tres bien avec cette idee. Cependant, je suis un peu triste. Avec la fin de ce voyage, c est 8 mois de ma vie qui se terminent, et j exagere a peine. Toute cette preparation, tout ce temps, tout cet argent et voila. C est termine.
Je ne sais pas si je suis deja prete a un bilan. Je peux affirmer que tout s est tres bien passe et mieux encore. Pas de pepin, pas de temps mort, j ai rencontre des gens geniaux qui finalement m ont suivie les derniers jours suivant la fin du tour organise. Trois heures toute seule, ce n est pas la mer a boire. J ai fait tout ce que j avais a faire, et pourtant il me reste cette sensation d inacheve. Mais ca, c est sans lien avec le voyage. La partie qui manque, c est dans la vie de tous les jours qu elle se trouve. A chaque retour, je fais le voeu de rendre ma vie differente, d appliquer tout ce que j ai appris. Ca ne fait pas de moi une meilleure personne, ca ne fait pas de moi une personne differente. Ca fait seulement de moi une personne plus... fine.
Ah, Cambodge... Le moins qu on puisse dire, c est qu il ne laisse personne indifferent... Il est capable du meilleur comme du pire! Je crois sincerement que c est le pays le plus troublant que j aie visite ( d accord, c est seulement le numero 9, mais quand meme!)
Je t ai deja parle des horreurs de l histoire cambodgienne moderne, qui inclut genocide, torture, bains de sang et deportation... (Ah oui, je ne t avais pas encore parle des mines anti personelles... Je suis allee visiter un musee ce matin, dont le directeur avait personnellement desamorce environ 50 000 mines anti personnelles... Imagine combien il peut en rester sur le terrain!) Il y a la pauvrete, aussi, bien sur... Nous avons aussi visite un village flottant ou les gens vivent toute l annee dans de minuscules bateaux... Les enfants ont essaye de nous vendre des bananes... Un dollar la banane!
Mais le Cambodge, c est aussi une conservation jalouse des vestiges du passe. Angkor... Et toujours. Marcher au milieu de ces ruines (si on a la concentration d occulter les centaines d autres touristes) c est faire revivre une periode glorieuse, une civilisation dont les constructions tiennent toujours, pres de mille ans plus tard... Il n a fallu que 37 ans pour batir Angkor Wat... C est deja mieux que les cathedrales europeennes, qui ont necessite des siecles de chantiers! Pourtant, tous les temples (il y a en a pres de 600) de la cite sont inacheves ou presque... Les anciens rois de l histoire khmer etaient aussi egocentriques que les chefs d etat d aujourd hui: chacun d eux faisait batir un majestueux temple a sa gloire, et, lors de la mort du roi, un autre prenait sa place et entamait la construction d un nouveau temple... Il faut parcourir ces sites merveilleux, regarder les singes courir au milieu des ruines, marcher sur les traces de Lara Croft dans la jungle...
Cambodge, carrefour tourmente entre un passe d horreur, une histoire royale et un futur incertain... Je t ai parle de la corruption, ami Lecteur. Cet exemple devrait arriver a conclure l image que j ai du Cambodge: demain nous partirons en autobus pour Bangkok et, avant d atteindre la frontiere de la Thailande, nous emprunterons The dancing road, l un des chemins les plus amoches du monde... Le gouvernement refuse de faire arranger cette portion de route, alors qu il y a en ce moment plusieurs chantiers dans le pays. La rumeur veut qu une compagnie aerienne bien connue paie le gouvernement pour que la route reste en cet etat, afin que les visiteurs soient obliges de prendre l avion. Pourtant, le paysage est magnifique et les bosses ajoutent a l aventure... C est ca, le Cambodge, ami Lecteur.
Bonjour ami Lecteur! (Tu m excuseras, je n ai pas encore reussi a apprendre comment dire bonjour en khmer!)
Eh oui, adieu Vietnam, bonjour Cambodge! Le pays qui donne envie a toutes les filles celibataires de plus de 30 ans de faire des angelina Jolie d elles memes et d adopter de petits Cambodgiens! Rassure toi, ce n est pas mon cas (trop jeune, et de plus, les bebes ici ont vraiment des tetes demesurees a faire peur!)
Du War Remnants museum de Saigon, je t emmene au Genocide Museum et aux Killing fields de Phom Penh! Comme tu vois, j ai toujours des sorties plus rejouissantes les unes que les autres! C est la derniere fois que je t ennuie avec les horreurs de la guerre, demain nous partons pour Siem Reap et la majestueuse ( j espere) cite D Angkor!
La guerre n est jamais drole, mais la mesentente entre les nations est vieille comme le monde, alors on y est plus ou moins habitues... Le plus troublant, c est quand un chef d etat se prend pour Dieu et decide comment doivent vivre ses citoyens. Ceux qui ne voient pas les choses de la meme facon sont tortures, humilies, et ensuite executes. La prison de Phom Penh (aujourd hui un musee) etait autrefois une... ecole secondaire. Je crois que c est ce detail qui rend par dessus tout la visite si eprouvante. Les cellules sont des salles de classe, des regles sur la torture sont inscrites sur les tableaux noirs... Tout le monde ressort de cet endroit bouleverse, mais je crois que la symbolique de ce changement est reellement ce qui m a frappee le plus.
Je pense a tous ces eleves, a la maison, qui se figurent leur ecole comme une prison, et je me demande ce qu ils se diraient si on les forcaient a quitter leur demeure pour aller vivre a la campagne, si on les privait d education pour les empecher de penser par eux memes, si on emmenait leurs parents dans leur ancienne ecole afin d etre tortures et ensuite, pour ceux qui sont toujours vivants, etre emmenes en autobus aux Killing fields pour etre liquides le jour meme, ou le lendemain, selon le retard pris par les bourreaux.
Parcourir, la gorge nouee, des allees ou autrefois se trouvaient des pupitres et des chaises, remplaces par des photos des victimes de ces crimes atroces, voir une trace de sang impregnee sur le plancher ou marcher sur une terre jonchee d ossements, vestiges de tous ces corps qui ne seront jamais entierement retrouves, c est une experience marquante, changeante, epuisante. Mais il faut le faire, j imagine. Il n y a plus rien a faire pour ces victimes, mais la memoire est leur derniere arme. On aimerait bien se dire plus jamais, mais non, des atrocites sont commises tous les jours, dans tous les pays. Il n y a pas besoin de deux millions de victimes pour creer une tragedie. Et le Cambodge reste un des pays les plus corrompus au monde. Pendant la visite, notre guide nous a demande de garder les questions politiques pour quand nous serions de retour dans l autobus, car des agents du gouvernement nous suivent et nous ecoutent, et si notre guide Sing ne donne pas la bonne reponse, il pourrait passer la nuit en prison. Juste pour avoir donne SA reponse. Je suppose que sa parole ne compte pas tant. Apres tout, sa famille a seulement ete decimee par un genocide.
Mon periple au Vietnam s acheve et je passerai demain ma derniere journee dans ce pays si envoutant. Aujourd hui fut consacre a la guerre du Vietnam.
Nous avons d abord visite les tunnels Cu Chi, a environ 60 km de Saigon. Les Americains avaient etabli leur base dans le Sud du Vietnam et les tunnels servaient au Vietcong pour approcher l ennemi et se cacher. Nous avons parcouru environ cent metres dans un de ces tunnels ou les soldats ont passe des jours et des jours... Claustrophobes, s abstenir! Avancer a genoux dans un espace a peine assez large pour un adulte, sans oublier que les bombes devaient retentir tout autour dans la terre... De plus, les tunnels ont ete elargis deux fois pour permettre aux touristes d y passer. La plupart d entre nous n ont pu franchir tous les cent metres, par peur panique...
D autres ont pu affronter leurs peurs plus tard, alors que les touristes ont la possibilite de tirer avec diverses armes de l armee du Vietcong. Les plus courageux ont reussi a ne pas se couvrir les oreilles quandf les fusils tiraient. Le bruit etait assourdissant, et nous n osions imaginer comment ce devait se passer quand des centaines resonnaient en meme temps!
Tirer au AK 47, c est une curiosite qu on se permet d accomplir. Ca rend l idee de la guerre plus ludique. Pour balancer, pourquoi ne pas passer l apres-midi au Musee de la Guerre de Saigon? Le musee est entierement dedie aux impacts de la guerre du Vietnam sur les habitants du Vietnam Nord. Image d horreur apres descriptions atroces, le musee nous montre des photos des civils tues par les soldats Americains, en plus de decrire les effets a long terme des armes chimiques utilisees. L atmosphere dans le musee etait lourde et tendue. Personne ne parlait, et lisait, en silence, les temoignages horribles de ces crimes, perpetues il y a a peine 30 ans.
Mes amies americaines en etaient encore plus retournees, comme si tout cela etait leur fait. Dans quelques jours, nous serons au Cambodge, un autre pays qui fut recemment dechire par la guerre. Contrairement au Vietnam, le Cambodge ne s est pas encore remis du genocide. Deux millions de Cambodgiens sont morts en cinq ans. Ca ne donne pas trop envie de garder le silence.
A force de ne discuter qu en anglais tous les jours, j en viens a avoir du mal a ecrire en francais! Je pense en anglais aussi... Et je crois meme avoir reve en anglais il y a deux nuits! Mais ca, c est normal: je prends des pilules contre la malaria et ca a de droles d effets sur le sommeil paradoxal... Hier j ai reve que pendant que j etais a l etranger, je faisais garder mon chien dans un endroit ou il devait rester dans l eau tout le temps... C etait plutot bizarre... Chaque matin, je dois recapituler dans ma tete qui je suis, ou je suis et quel jour on est.
Bref, trois nouveaux jours au Vietnam, un pays... interessant. Pas mon prefere, a vrai dire. Il y a de merveilleuses choses ici, pour qui sait garder l oeil ouvert, mais je ne sais pas trop... Ca tient probablement beaucoup des gens, ou alors je suis dans une periode ou j ai moins de patience, mais il devient harassant d etre sans cesse klaxomme par des scooters qui passent dans des rues pietonnieres, de se faire crier Hello, you buy something d un ton imperatoire par des commercants, de recevoir des ordures sur les chevilles par ceux qui jettent tout dans la rue... Enfin, c est une question de point de vue, je suppose!
Je profite tout de meme de chaque jour ici, cela va sans dire. Il y a beaucoup a faire, autant du point de vue historique, culturel, sportif... Et parfois, au lieu de passer son chemin quand on se fait crier apres (le vietnamien n est pas une langue tres melodieuse) il est interessant de s arreter pour discuter. Prendre le temps de comprendre, de s expliquer. Le Vietnam a connu des periodes horribles, certaines tres recentes,. et plutot que de se laisser pietiner par ces epreuves, les gens sont si entrepreneurs qu ils se sont reconstruits une vie, et pour cela, il faut parler fort, prendre sa place, oser. C est bien de voir un peuple qui refuse de se morfondre et qui reprend le dessus. Meme si ca n a pas la meme poesie que de regarder des gens vivre dans la misere et etre heureux de leur sort.
J ai lu quelque part que le Vietnam pourrait bien devenir, dans les prochaines annees, la nouvelle base d exportation de l Asie du Sud Est. Ca ne me surprendrait plus maintenant. Je leur souhaite en tout cas.
J ai peine a croire qu il y a deja 3 jours que je t ai ecrit. Et j ai encore plus de mal a croire que demain, La premiere moitie de mon voyage se sera ecoulee. La moitie du voyage, c est toujours un moment critique. On a acquis un certain rythme, dans lequel on commence a se sentir confortable, et pourtant on passe au travers de plusieurs changements. La difference la plus importante est dans la facon dont on aborde le temps.
Jusque la, on commencait. On se mettait dans le bain, on apprenait des trucs, on rencontrait des gens. A partir de la moitie, on devrait deja pouvoir se debrouiller. On est assez autonome et on profite du moment present au lieu de s en faire pour l avenir. Mais une fois la moitie passee, on angoisse. On sait, parce qu on l a deja experimente, que tout se va se derouler tres vite jusqu a la fin. Je ne sais pas pourquoi la deuxieme partie du voyage, souvent la plus agreable, doit absolument passer aussi rapidement. C est la loi de Murphy, je suppose. Et le temps passe vite quand on s amuse. C est ce qu on se dit toujours au travail.
C est une constante des voyages je suppose. Un peu comme lorsqu on dit que le retour passe plus vite que l allee. Je l ai experimente ce matin. Hier, en route pour la Baie d Halong, il nous a fallu quatre heures en autobus. Ce matin, on est partis a 11h, et a 14h on etait a Hanoi. Comment expliquer ca? (En oubliant la circulation, ce qui mettrait par terre toute ma demonstration?)
Nouveau groupe, conversations ennuyeuses prise 2. D ou tu viens, qu est-ce que tu fais, est-ce qu il neige au Canada, pourquoi tu viens de me frapper... Toujours les memes questions, dont les reponses m interessent plus ou moins. Mais je suppose que c est le rituel entre etrangers qui n ont absolument rien sur quoi faire reposer une conversation. Je suis un peu fatiguee d expliquer que je suis une caissiere qui envisage de retourner aux etudes, surtout que je ne suis pas vraiment sure de la bonne maniere de traduire caissiere (j aurais du chercher dans le dictionnaire conseillere au credit avant de partir... Si quelqu un connait la reponse...) Bref, dans deux jours ce seront tous mes meilleurs amis. Enfin j espere.
Dans un voyage sur la route (par opposition a un voyage avec une seule destination ou on demeure jusqu a la fin), la vie n est faite que de fins et de debuts. On passe le temps dans une periode transitoire perpetuelle. Chaque jour est une arrivee dans une nouvelle ville, et un depart d un endroit qu on commencait tout juste a connaitre. Il y a eu beaucoup de fins et de debuts jusqu a present dans ce voyage, mais je suis sur le point de vivre une rupture marquante.
Tout d abord, je quitte le Laos dans quelques heures. Ce nest pas une tragedie. J ai adore ces quelques jours dans ce magnifique pays, mais il est temps de se remettre en route. Nous avons passe de tres bons moments ici, mais ce n est pas une raison pour prolonger le sejour. Le Vietnam, nous attend!
De plus, c est demain que je vivrai ma derniere soiree en compagnie de mon groupe actuel, sans oublier de rencontrer les membres du prochain. Nous avons eu beaucoup de plaisir ensemble, et il est difficile d imaginer que le prochain groupe sera aussi agreable. Pourtant, ami Lecteur, c est la que toute la science du voyage entre en compte. Il est dangereux de trop se complaire dans une situation au point de rejeter le changement. On ne parcourt pas des milliers de kilometres pour etre confortable. Si j avais voulu me la jouer facile, je serais restee a la maison avec mes amis.
Quand on voyage seule, et sur la route en plus, il faut une force interieure surhumaine pour passer au travers de tous ces changements. On ne sait jamais de quoi demain sera fait, on ne peut s appuyer sur aucune constante. On va passer par des moments d angoisse et de tristesse. Il faut l accepter comme une partie du processus. Apres tout, on a bien des sautes d humeur a la maison, non? La verite, c est qu il faut avoir confiance. Il n y a pas a s inquieter. Meme si on passe d un groupe a lautre, et que la transition est plus ardue, on sait tres bien que dans deux jours, on aura trouve les meilleurs amis du monde.
On ne suit pas la route, c est elle qui nous suit. Elle nous prepare toujours, au moment ou on s y attend le moins, un tournant qu on avait pas prevu, et voila, on est repartis vers de nouvelles aventures.
Une excursion au Laos merite certainement qu on en parle. Bijou oublie de l asie du sud est, il va devenir de plus en plus populaire au cours des prochaines annees, alors c est maintenant qu il faut en profiter!
Les paysages, la chaleur, le Mekong, et surtout les habitants font le bonheur des visiteurs. Je me trouve presentement a Luang prabang, ou le ratio touriste - habitant est legerement en defaveur du dernier. C est un peu rebutant, apres avoir passe deux jours en croisiere sur le Mekong a dormir dans de petits villages. Cependant, ces villes centrales sont necessaires au backpacker ordinaire.
Comme je voyage en groupe, la proximite des autres occidentaux me laisse de glace, mais quand on se trimballe seul a travers le pays, c est une benediction. Luang Prabang est le genre de ville ou on pose son sac quelques jours, histoires de recuperer, reprendre contact avec la maison, rencontrer de nouveaux amis et planifier la suite du voyage. C est une plaque tournante, en quelque sorte, un peu comme Banos en Equateur. Il y a plusieurs excursions interessantes a entreprendre pour la journee, des temples a visiter, des endroits louer des bicyclettes... c est l endroit reve!
Il faut bien se permettre un peu de civilisation de temps a autres, non... Et le soir, pour bien relaxer, on s installe sur la terrasse d un bar qui fait face au Mekong, avec une biere 1.18 L qu on paye deux dollars et moins, et on profite de la vie en chassant les moustiques!
Je t ai deja parle de mon ami dumbo ami lecteur... Probablement pas, je viens tout juste de l inventer...
Mon ami Dumbo a de longues oreilles et il pese environ 3 tonnes. Il aime bien se frapper le derrier avec sa queue et manger des bananes. Il en est fou. Qand on est assis sur son dos, il ne cesse de lancer sa trompe en arriere pour qu on lui en donne. Ca semble une vie plutot paisible. Et puis un garcon thai, pas plus de 20 ans, saute sur le dos de dumbo et s assoit sur sa tete, comme si c etait une chaise. D autres gens, des touristes, s assoient ensuite sur son dos et, pour leur plaisir, le garcon thai donne des couprs de pioche sur l oreille de l ami dumbo pour le faire avancer. Pauvre Dumbo! Mais au moins, il reste les bananes. Un elephant, ca vit presque cent ans. Un jour, il pourra prendre sa retraite et profiter de ses vieux jours, pendant que les jeunes elephants se tapperont tout le boulot.
Les elephants sont sacres en thailande. Pas autant que les vaches inde, mais tout comme. A Chiang Mai, le temple, tout en haut de la montagne, est plus ou moins dedie a un elephant. Une relique du Bouddha avait ete placee sur le dos d un elephant blanc pour decider du lieu de la construction du temple. L elephan a monte la montagne pendant 3 jours avant de s effondrer au sommet, mort. Pas bien plus rejouissant que l histoire de Dumbo...
Nous avons ete benis par les moines, au haut de la montagne. Ensuite, les garcons de notre groupe ont recu du moine un petit bracelet qui leur portera chance. Les filles, elles, ont recu un plus petit bracelet par l aide du moine, car si une femme touche un moine, ca lui fait un mauvais karma. Je suppose qu on ne peut pas tous pretendre a toucher Dieu.
Sur la route vers Chiang Kong, nous nous arretes dans un temple d assez mauvais gout, avec des dessins sur les murs reprensentant des extreterrestres et Neo, de la Matrice. Chacun sa spiritualite, j imagine.
Je passe au Laos demain, ami Lecteur, et j atteins du meme coup le quart de siecle. Ca devrait faire suffisamment de changements pour une seule journee. Je me demande ce qui arrive a mon ami Dumbo... Quant a toi ami Lecteur, je te reviens en directe du Laos.
Tu comprends ami Lecteur que mon appreciation de la temperature n est pas une science exacte... Il fait si chaud ici que mon cerveau se liquefie d heure en heure...
Heureusement, la compagnie est interessante et les choses a voir sont superbes! Je me suis balladee avec mes nouveaux amis au Grand palace ainsi que dans un fameux temple dont j ai oublie le nom... de l or partout! Et pour une fois (compare a tous les monuments dans la rue ) ca ne paraissait pas trop cheap...
Nous avons aussi fait une ballade sur les canaux de la ville... Des gens habitent sur ces canaux, dans des maisons sur pilotis, et affiche un drapeau rouge quand ils veulent qu un bus (un bateau) passe les prendre. J aime bien les villes qui ont une (ou des) rivieres. C est si romantique! (mais l odeur est douteuse...) J ai nourri un poisson chat, qui est pourtant une espece que je deste particulierement... C est dire combien je me sentais genereuse!
C est deja tout pour Bangkok, ami lecteur, et je realise bien que je te neglige, mais nous devons prendre notre train pour Chiang Mai! Alors je te parlerai peut etre de la-bas!
Bonjour ami Lecteur!Il est presentement 3 h du matin et seule dans ma chambre, je n arrive pas a trouver le sommeil. Il n y a rien de bien special a dire de mon voyage en avion, excepte que je deteste encore plus les avions et les aeroports. Je dois mentionner ceci! La vie a bord d un 747 est bien agreable! Plein de place, des films a volonte... ca vaut la peine de l essayer!
Je me crois sortie du film Lost in translation parce que, come les personnages du film, je ne peux pas dormir a cause du decalage horaire. 11h de difference!
Mon arrivee a Bangkok: apres avoir attendu 45 min pres du carousel a bagages, je croyais enfin me trouver a l air frais en sortant de l aeroport... Quelle heure! C etait comme passer sa main dans une chute d eau. Mes jeans se sont trouves colles a mon coprs, comme aspires par mes jambes... J ai ete surprise par la ville: d abord ca dort jamais! Et puis les voitures, plutot que d etres de bagnoles sorties des annes 50, sont plutot recentes... les taxis sont tous des corollas arrangees pour la course! C Bangkok drift, en fait...
Je n ai pas encore vu grand chose de la ville pour l instant... et demain, je rencontre mes compagnons de voyage! alors je garde le suspense!
Ami Lecteur, j'ai besoin de ton aide. Je sais que tu ne peux rien faire pour moi, mais je compte néanmoins sur toi pour m'envoyer toutes les ondes positives que tu peux pour les 3 prochains jours. Ensuite je serai en Thaïlande et j'aurai oublié ton existence. Alors seulement, tu pourras arrêter.
Je n'aime pas l'avion, je n'aime pas les adieux (comme je te l'ai déjà dit), je hais les douanes et je déteste attendre des heures à l'aéroport. Cela te donne une idée comment les prochains jours seront joyeux. Trente-huit heures de voyage au total. Ça a intérêt à en valoir la peine. Le problème, ce n'est pas tant tout ce que je viens de t'énumérer. Ce ne sont que de durs moments à passer. Le problème, c'est mon angoisse chronique qui profite du fait que je ne dors presque plus pour refaire son apparition.
Quand je pense aux jours qui viennent, je n'ai pas peur de tout ce qui pourrait aller de travers. J'ai peur d'avoir peur. C'est fou, non? En ce moment, je panique parce que j'ai peur de passer les quarante-huit prochaines heures au bord de la panique. Quarante-huit heures de panique, ça raccourcit mon espérance de vie aussi sûrement que si je fumais cent paquets de cigarettes. Si j'étais capable de vivre au jour le jour, je m'extaserais à l'idée de ne pas travailler pendant plus d'un mois. Je ne penserais qu'à la destination et à tout ce qui m'attend. En ce moment "tout ce qui m'attend" n'a pas une résonnance très positive dans ma tête.
Heureusement, le pire est presque fait. Les adieux, ce n'est pas du tout ma tasse de thé, pour ne pas utiliser une expression moins polie. Ce n'est pas que je voudrais que personne ne me souhaite bon voyage, et ce n'est pas non plus que je veux qu'on en fasse tout un plat. On dirait que j'ai toujours une idée de ce que les aurevoirs devraient être et que la réalité s'y conforme rarement. (J'adore cette phrase. Je pourrais la relire encore et encore.) Tout le monde est gentil, mais je ne sais plus quoi répondre quand on me souhaite bon voyage. J'en ai assez de répéter encore et encore mon itinéraire et de voir les réactions quand j'essaie d'expliquer que je voyage seule, mais pas vraiment seule au fond. Je pense que c'est simplement un signe. Il est temps. J'ai assez parlé de ce voyage en long et en large, il est temps de le vivre.
Ça ne s'annonce pas comme les autres fois. Avant, je devais me contenir de faire mes bagages deux mois d'avance, le temps n'avançait pas assez vite, tout était prêt des jours avant le départ. Et aujourd'hui, moins de vingt-quatre heures avant, tout est loin d'être prêt. Je suis à la dernière minute. C'est un détail, mais c'est bizarre. Je ne sais pas si c'est bon signe ou non. Seul le temps nous le dira.
Une chose à la fois. C'est la seule phrase qui pourra apaiser ma nervosité. D'abord je terminerai mes bagages. Ensuite je conduirai jusqu'à Burlington. Ensuite ce sera l'avion, et alors seulement je m'en ferai pour les douanes et le reste. Chaque chose en son temps. Voyons si je peux trouver un autre cliché sur le temps... Ah oui: on traversera le pont quand on sera arrivés à la rivière. Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Non, celui-là, c'était limite. Je m'arrête ici. Repose-toi ami Lecteur. Le pire reste à venir.
As-tu la fièvre ami Lecteur? Moi oui. Et je m'en passerais bien.
C'est la fièvre des séries en ce moment. Si tu as mis le nez dehors, tu t'en es probablement rendu compte. Tout le monde se promène avec des chandails, des drapeaux, etc. La fièvre, c'est bien, c'est exaltant. Mais ça tue au bout d'un moment.
Pour moi, la fièvre c'est s'emballer pour quelque chose (ou quelqu'un), mais ça ne nous apporte rien d'autre que des yeux cernés et un mal de crâne. Mets trois cent personnes dans un restaurant à regarder une partie de hockey, à hurler comme des fous, à claquer cinquante dollars en bière, et à la fin quoi? Un but dans le mauvais filet et voilà. Chacun rentre chez lui. Tout ça, au fond, ça servait à quoi?
Tu sais que je suis une fan de sport, et que ce n'est pas une défaite qui me fait habituellement remettre tout en question, mais je m'interroge sur l'intérêt réel de tout ça. Comme tu me connais trop bien, tu as compris que le sujet du sport n'était en fait qu'une métaphore pour nous emmener à l'enjeu crucial, la vie. Il ne s'agit pas d'un appel à l'aide du style, la vie, à quoi bon? Ce qui m'embête, c'est uniquement la fièvre. Ça me rend folle. Si la vie n'était qu'un long fleuve tranquille, il n'y aurait pas de fièvre, et je ne crois pas que je serais plus malheureuse pour autant. Je n'aurais plus autant de mal à dormir, et surtout je ne formulerais plus d'attentes inespérées sur ce que peut vraiment m'offrir la vie. La vie serait la vie. Voilà tout.
Je suis si épuisée de me battre, que je ne sais plus si je me bats selon ce que la fièvre me dicte ou contre elle. Je rêve de vacances et, heureusement, elles approchent dangereusement. Tu te souviens, je t'ai dit que parfois on regrette de partir parce qu'on sent qu'on va manquer des chances importantes pour faire avancer notre vie? Eh bien je n'y crois plus. Si jamais je devais rester, chaque nouveau jour serait à l'image du précédent, sans jamais rien apporter.
Je vais partir et l'étape des adieux approche. C'est déjà commencé. Je déteste ces moments gênants pour lesquels je suis trop émotive ou pas assez. Je ne suis vraiment pas douée pour les départs. Je préfèrerais être ailleurs, du jour au lendemain. En plus je sauverais trente heures de voyage. Je gagnerais sur tous les tableaux.
Affligée à la fois de la fièvre et de l'appel de l'ailleurs. Pas étonnant que j'ai le coeur qui bat à la chamade.
Maintenant qu'on se connaît assez, j'aimerais te parler d'un sujet qui me tient à coeur... Je ne vais pas revenir sur le fait que je ne crois ni à la chance, ni au temps, mais je dois bien admettre que j'ai une foi totale en le timing.
Je ne sais même pas comment on pourrait le définir. Certains l'ont, d'autres pas, parfois ça va, ça vient, comme le bonheur au fond. Ça peut bâtir une carrière ou la détruire, ça peut influer sur toute une vie. Un mec peut avoir tout le talent au monde, s'il n'est jamais au bon endroit au bon moment, ça ne lui sert strictement à rien. Le timing c'est ça. C'est tout.
Est-ce imputable à la personne elle-même, à son éducation, à sa bonne étoile? On ne peut pas en dire que cela relève entièrement de la chance, pourtant ce n'est pas tellement un talent non plus. Est-ce que la ponctualité est un talent? Au mieux, c'est une qualité. Voici donc ce qu'on peut en conclure: le timing, c'est la ponctualité avec le destin.
Vraiment, je trouve qu'on le sous-estime. Le timing c'est l'avenir. Il devrait exister des livres: Développer votre timing. En amour, au travail et dans les loisirs. On emmerde le Secret et toutes ces conneries. À partir de dorénavant, je crée ma propre chance et le temps est mon allié. Il y a déjà pas mal de gens qui sont naturellement des "opportunistes temporels". Je propose d'aller plus loin que ça. Je suggère de manipuler son entourage en quatre dimensions.
Il m'arrive d'avoir du timing, mais je souhaiterais que ces petites périodes soient plus régulières. Même si on y est pas pour grand chose, le timing est incroyablement satisfaisant. L'autre jour, au travail, un des gars pose aux autres gars une question au sujet d'un événement sportif du début des années 90. Voyant que tout le monde gardait le silence, j'ai dit la bonne réponse. Tous en sont restés bouche bée. Le truc? Deux jours avant, j'étais tombée par hasard sur un reportage qui parlait du même sujet. C'était de la chance, mais pas seulement: Premièrement j'ai une bonne mémoire, ce qui m'aide, et deuxièmement c'était déjà un domaine qui m'intéressait, autrement je ne me serais pas fait chier à regarder le reportage en question. Le timing, c'est ça: un peu du sien, un peu du destin, c'est 50-50. On ajoute un peu d'audace avec un soupçon d'aptitude personnelle, et ça y est.
Le hasard, la chance, les coincidences, tout ça c'est plus ou moins n'importe quoi, mais il y a les signes. Je crois aux signes, même si le plus compliqué est de leur donner du sens. Exemple: dimanche matin je regardais la télé et je tombe sur un film que j'avais déjà vu étant petite. Je suis restée accrochée dessus et j'ai remarqué une scène, où l'actrice principale et Robert Downey jr se retrouvent (c'était pré-cure de désintox) devant la Bouche de la vérité, à Rome, et ils évoquent ce très beau film avec Audrey Hepburn, Vacances à Rome. Je n'avais jamais entendu parler de ce film avant. Deux jours plus tard, je regarde un autre film emprunté cette fois à une amie, You, me and Dupree, un truc assez moyen que j'avais toujours eu l'intention de voir sans jamais en trouver le courage. À un moment, Owen Wilson regarde Vacances à Rome, et c'est pile la scène devant la bouche de la vérité. Le pire est que j'ai vu des previews de You, me and Dupree tous les jours pendant des mois sans jamais me décider à le regarder. Quand même, je suis d'accord que ça ne veut rien dire et que c'est seulement une coincidence, mais je te garantis qu'à mon retour, je vais définitivement louer Vacances à Rome. Je ne sais pas c'est un signe de quoi, mais c'est un signe, c'est sûr.
Parlant de timing (ne t'en fais pas, j'ai presque fini), je t'écrivais récemment que j'étais de plus en plus souvent confrontée à mort. Eh bien, aujourd'hui, comme j'avais déjà l'intention de parler de timing, mon voisin du dessous est décédé. Tu te rends compte, je trouvais juste l'étage du dessus, à quelques mètres à peine quand c'est arrivé. (Je te rassure, il était vieux et malade depuis un moment, alors ce n'est pas un si grand choc.) Si ce n'est pas ça, être proche de la mort... Voilà un timing dont je me serais bien passée.
Cette fois, dans deux semaines je serai à Chiang Mai. Est-ce que ce n'est pas super?